Le soulèvement de Kénitra d’août 1954 demeure un épisode marquant de l’histoire de la résistance nationale et illustre la forte mobilisation des habitants du Gharb en faveur de la liberté et de l’indépendance du Maroc. C’est ce qu’a souligné, vendredi à Kénitra, le Haut-commissaire aux anciens résistants et anciens membres de l’Armée de libération, Mustapha El Ktiri.
S’exprimant lors d’un colloque organisé par le Haut-Commissariat aux anciens résistants et anciens membres de l’Armée de libération (HCARAMAL) sous le thème « Le soulèvement de Kénitra de 1954 : histoire et mémoire », Mustapha El Ktiri a présenté la ville comme l’un des principaux foyers de l’éveil national, de l’action militante et de la résistance dans la région du Gharb.
Il a rappelé que Kénitra avait accueilli dès les premières années du mouvement national différentes formes d’action politique et militante. L’engagement de ses habitants témoignait, selon lui, de leur attachement au Trône alaouite et de leur mobilisation en faveur de la souveraineté nationale.
Une conscience nationale qui s’affirme dès les années 1930
Le Haut-commissaire est revenu sur les premières manifestations d’une conscience nationale organisée à Kénitra et dans la région du Gharb au début des années 1930. Cette période avait été marquée par une multiplication des protestations populaires dans plusieurs villes marocaines face aux politiques menées par les autorités du Protectorat.
Kénitra a ensuite participé à plusieurs étapes importantes de la lutte nationale, notamment lors du soulèvement de Boufekrane en 1937 et à travers la mobilisation autour du Manifeste de l’Indépendance en 1944.
La ville s’est également distinguée lors des protestations qui ont suivi l’assassinat du leader syndical tunisien Farhat Hached en 1952, ainsi que dans la mobilisation populaire en soutien au Sultan Mohammed V à la veille de son exil.
L’exil de Mohammed V ravive la résistance
L’exil de feu Sa Majesté le Roi Mohammed V, décidé par les autorités du Protectorat le 20 août 1953, a marqué un tournant dans la mobilisation de la population de Kénitra et du Gharb.
Selon Mustapha El Ktiri, cette décision a ravivé la colère nationale et renforcé la résistance dans la région. Kénitra est alors entrée dans une nouvelle phase de confrontation avec les autorités coloniales, marquée par des actions de résistance et une mobilisation populaire en faveur du retour du Souverain légitime.
Les résistants de la ville ont notamment participé à des opérations ciblées, assuré un soutien logistique aux réseaux de résistance et pris part à de nombreuses manifestations, malgré la répression exercée par les autorités du Protectorat.
Ces actions ont contribué à élargir progressivement le mouvement de lutte nationale, jusqu’au déclenchement des opérations de l’Armée de libération en 1955.
Histoire, mémoire et transmission
Le colloque de Kénitra a également permis de revenir sur les différentes dimensions de cet épisode historique à travers quatre interventions académiques.
Les chercheurs ont notamment abordé les répercussions nationales et internationales du soulèvement, son traitement dans la presse française et les témoignages contemporains des événements, ainsi que les conséquences de l’exil de Mohammed V sur la ville.
La rencontre a réuni des représentants des autorités locales, des élus, des membres de familles de résistants et de l’Armée de libération, ainsi que des universitaires et chercheurs.
La manifestation s’est enfin achevée par un hommage rendu à sept anciens résistants et membres de l’Armée de libération, ainsi que par la remise d’aides financières à plusieurs membres de cette famille, dans un geste visant à préserver la mémoire de ceux qui ont contribué à la lutte pour l’indépendance du Royaume.
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