À Boyle Heights, dans l’est de Los Angeles, les habitants vivent depuis près de deux mois au milieu d’une odeur pestilentielle. Depuis l’incendie qui a ravagé, le 17 juin, un entrepôt frigorifique, quelque 39 millions de kilos de denrées alimentaires se sont retrouvés en décomposition, transformant le quartier en véritable cauchemar pour les riverains et les commerçants.
Le feu avait détruit une importante installation exploitée par l’entreprise Lineage, spécialisée dans l’entreposage et la logistique sous température contrôlée. À l’intérieur se trouvaient notamment d’importantes quantités de bœuf, de porc, de volaille et de produits de la mer. Privés de leurs conditions de conservation, ces aliments ont rapidement commencé à pourrir sous l’effet des températures élevées.
Près de deux mois plus tard, les conséquences restent visibles et surtout très difficiles à supporter. Dans les rues environnantes, l’odeur est devenue omniprésente, tandis que des nuées de mouches et la présence de rats compliquent davantage la vie quotidienne des habitants.
Des commerces fortement pénalisés
Cette situation affecte directement l’activité économique locale. Alexis Sicairos, qui tient avec sa compagne un petit stand de café très fréquenté avant l’incendie, raconte avoir perdu une partie importante de sa clientèle.
Après avoir fermé pendant deux semaines à la suite du sinistre, son commerce a rouvert, mais les clients se font désormais beaucoup plus rares. Les employés de l’entrepôt, qui constituaient une clientèle régulière, ne viennent plus, tandis que d’autres consommateurs évitent le secteur en raison des odeurs, des fumées et des insectes.
Les mouches se sont multipliées dans les rues, jusque sur les tables et les produits alimentaires proposés par les commerçants. Pour ces derniers, maintenir leur activité dans de telles conditions représente un véritable défi.
Des risques sanitaires qui inquiètent
Au-delà des nuisances, les autorités sanitaires s’inquiètent des conséquences potentielles de cette situation. Une inspection commandée par la ville a notamment relevé que l’accumulation des déchets alimentaires et les températures élevées pouvaient favoriser la prolifération de certaines espèces de mouches susceptibles de transmettre des infections, notamment en cas de plaies ouvertes.
Des habitants affirment également avoir aperçu de nombreux rats dans le quartier et estiment que les dispositifs de lutte contre les nuisibles installés le long des trottoirs ne sont pas suffisamment adaptés.
Face à cette situation, le département de santé publique du comté de Los Angeles a infligé à Lineage des amendes pour des conditions jugées insalubres et constituant une nuisance, avec des pénalités de 500 dollars par jour.
La ville hausse le ton
La municipalité de Los Angeles fait désormais pression sur l’entreprise pour accélérer les opérations de nettoyage. La maire Karen Bass a fixé au 13 août la date limite pour achever les opérations et a critiqué publiquement la gestion du chantier, dénonçant notamment des retards dans la communication et un manque de transparence.
La ville affirme avoir mobilisé différents services et partenaires afin d’apporter un soutien immédiat aux habitants. Des cliniques médicales mobiles ont notamment été déployées dans le quartier et des milliers de purificateurs d’air ont été distribués.
La maire a également ordonné la suspension des projets de reconstruction de l’entrepôt tant que les conditions de santé et de sécurité de la population ne seront pas pleinement garanties.
Un nettoyage estimé à près de 100 millions de dollars
De son côté, Lineage assure que ses équipes travaillent en continu pour évacuer les déchets alimentaires, retirer les débris et démonter les parties endommagées du bâtiment.
L’entreprise affirme avoir retiré environ 80 % des déchets alimentaires, contre 60 % au 31 juillet. Elle prévoit d’achever l’évacuation des principaux volumes de denrées en décomposition dans les prochains jours.
Le coût total des opérations de nettoyage et de remise en état pourrait atteindre entre 80 et 100 millions de dollars.
Sur place, des dizaines d’ouvriers équipés de casques, de gilets de sécurité et parfois de masques poursuivent les opérations. Mais pour les habitants de Boyle Heights, l’attente se prolonge et la question reste la même : combien de temps faudra-t-il encore avant que le quartier retrouve des conditions de vie normales ?
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