L’ancien ministre ukrainien de la Défense Mykhaïlo Fedorov a appelé à la tenue d’élections présidentielles en Ukraine malgré la guerre avec la Russie, lançant ainsi l’un des plus sérieux défis politiques au président Volodymyr Zelensky depuis le début de l’invasion russe en 2022.
Dans une vidéo publiée mardi, Fedorov, 35 ans, a estimé que « la démocratie ne peut pas être prise en otage par la Russie », appelant à mettre en place un mécanisme « légal, sûr et réaliste » permettant de rétablir le processus démocratique malgré la poursuite du conflit.
L’Ukraine est soumise à la loi martiale depuis le début de l’invasion russe, ce qui empêche actuellement l’organisation d’élections. Le mandat présidentiel de Zelensky a officiellement pris fin en mai 2024, mais la législation ukrainienne prévoit le maintien des institutions en place tant que la loi martiale demeure en vigueur.
Fedorov, qui n’a pas directement cité Zelensky dans son intervention, avait été limogé du ministère de la Défense en juillet, seulement six mois après sa nomination. Sa révocation avait provoqué des manifestations dans plusieurs villes du pays.
L’ancien ministre a également dénoncé une « crise systémique de gouvernance », estimant que la corruption prive l’armée ukrainienne d’armes et d’équipements et complique les efforts de guerre. Il a notamment critiqué un système dans lequel la loyauté personnelle pourrait, selon lui, prendre le pas sur le professionnalisme et les résultats.
La présidence ukrainienne a cependant rejeté l’idée d’organiser des élections dans les conditions actuelles. Une source de la présidence a qualifié de « très bizarre » le fait de vouloir organiser un scrutin alors que le pays reste quotidiennement exposé aux missiles et aux drones russes.
L’appel de Fedorov intervient alors que des manifestations continuent d’être organisées à Kyiv pour réclamer son retour au ministère de la Défense. Une centaine de personnes se sont notamment rassemblées mercredi devant le Parlement ukrainien, certaines appelant également à davantage de dialogue politique.
La question des élections divise toutefois l’opinion ukrainienne. Certains responsables estiment qu’un scrutin en pleine guerre serait irréaliste et risquerait d’affaiblir l’unité nationale, tandis que d’autres considèrent qu’une réforme politique est devenue nécessaire.
Dans le même temps, deux agences ukrainiennes chargées de la lutte contre la corruption ont annoncé une opération visant plusieurs responsables politiques actuels et anciens, ainsi qu’un responsable non identifié de la présidence. Quelques heures plus tard, le bureau de Zelensky a annoncé le départ de sa vice-cheffe Iryna Mudra.
Alors que les tensions politiques s’intensifient, les combats se poursuivent sur le terrain. Une attaque russe par drone a notamment fait quatre morts mercredi à Kherson, tandis que l’Ukraine continue de mener des frappes de drones à longue portée contre des infrastructures situées en Russie.
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