France : près de 250 femmes accusent un haut fonctionnaire de les avoir droguées lors d’entretiens d’embauche

MOHAMED YAZID BENNOUNA19 août 2026Dernière mise à jour :
France : près de 250 femmes accusent un haut fonctionnaire de les avoir droguées lors d’entretiens d’embauche

Près de 250 femmes accusent un ancien haut fonctionnaire français, Christian Nègre, de les avoir droguées lors d’entretiens professionnels entre 2009 et 2018, dans le but de les placer dans des situations humiliantes, notamment en provoquant chez elles un besoin incontrôlable d’uriner.

Parmi les accusatrices figure Anaïs de Vos, qui avait 27 ans lorsqu’elle a rencontré Nègre en 2011 dans le cadre d’un entretien pour un poste au ministère français de la Culture. Elle raconte avoir accepté un café préparé par le fonctionnaire avant de commencer à ressentir une faiblesse inhabituelle et une envie urgente d’uriner.

Selon son témoignage, Nègre lui aurait ensuite proposé de quitter les locaux et de se rendre dans les rues de Paris. Incapable de se retenir, elle a finalement perdu le contrôle de sa vessie avant de parvenir à utiliser les toilettes d’un café.

Anaïs affirme que l’expérience l’a profondément marquée et a affecté sa confiance en elle ainsi que son parcours professionnel. Ce n’est qu’en 2019, lorsqu’elle a été contactée par la police, qu’elle aurait appris que d’autres femmes avaient signalé des faits similaires.

Les enquêteurs soupçonnent Nègre d’avoir utilisé des diurétiques, des substances qui augmentent la production d’urine. Ils auraient découvert sur son ordinateur un fichier intitulé « Experiments P », contenant des informations concernant plusieurs femmes, notamment les horaires de leurs entretiens et le délai avant l’apparition du besoin d’uriner.

Une autre accusatrice, Marie-Hélène Brice, affirme avoir vécu une situation comparable lors d’un entretien à Strasbourg en 2016. Elle raconte avoir ressenti une envie incontrôlable d’uriner alors qu’elle se promenait avec Nègre près d’un canal. Elle aurait finalement été contrainte d’uriner dans un lieu public sous son regard.

Les deux femmes considèrent ces faits comme une forme de violence sexuelle, même en l’absence d’agression sexuelle correspondant aux représentations habituelles.

Nègre, aujourd’hui âgé d’une soixantaine d’années, fait l’objet d’une mise en examen pour des faits comprenant notamment l’administration de substances, l’atteinte à l’intimité et des agressions sexuelles. Il attend actuellement son procès. Son avocat, sollicité par la BBC, a refusé de commenter les accusations.

L’enquête avait débuté en 2018 après qu’un collègue eut surpris Nègre en train de photographier une femme sous une table. Il avait ensuite été suspendu avant d’être licencié par le ministère de la Culture en 2019.

Cette affaire relance également le débat en France sur la soumission chimique, particulièrement depuis l’affaire de Gisèle Pelicot. Des spécialistes soulignent toutefois les difficultés liées aux enquêtes, notamment lorsque les victimes ne soupçonnent pas immédiatement avoir été droguées.

Les substances peuvent en effet disparaître rapidement du sang et des urines, tandis que les analyses capillaires permettent une détection plus longue mais rendent plus difficile la détermination précise de la date d’administration.

La députée française Sandrine Josso, engagée dans la lutte contre la soumission chimique, milite pour un meilleur accompagnement des victimes. Un programme pilote permet désormais à certaines personnes soupçonnant avoir été droguées de faire analyser des échantillons biologiques sans être obligées de déposer immédiatement plainte.

Les accusatrices de Nègre dénoncent néanmoins la lenteur de la procédure judiciaire. Certaines disent avoir attendu plusieurs années avant d’obtenir des informations sur l’avancée de l’enquête.

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