La guerre commerciale entre les États-Unis et le Canada continue de peser sur les deux économies, alors qu’aucun accord permettant de mettre fin aux tensions ne semble se dessiner à court terme.
Depuis le retour de Donald Trump à la Maison-Blanche, Washington a imposé plusieurs séries de droits de douane visant notamment l’acier, l’aluminium, le bois et l’automobile canadiens. Ottawa a répondu par des mesures de rétorsion ciblées sur plusieurs produits américains.
Derrière cette confrontation commerciale, les conséquences se font déjà sentir sur l’emploi, les échanges et les investissements. Cinq indicateurs permettent d’en mesurer l’ampleur.
L’Ontario parmi les provinces les plus exposées
Au Canada, l’Ontario est particulièrement touché par les droits de douane américains en raison de l’importance de ses secteurs automobile et sidérurgique.
Plusieurs usines de pièces automobiles et d’assemblage ont annoncé des réductions de production ou des suppressions d’emplois. Le Québec est également fortement exposé : ses exportations de métaux ont diminué de 36 % entre février 2025 et février 2026, tandis que l’emploi dans ce secteur a reculé de 3,6 %.
Les provinces dont l’économie dépend davantage des exportations vers les États-Unis sont donc confrontées à une pression accrue, alors que les nouvelles mesures tarifaires américaines touchent désormais un éventail plus large de produits canadiens.
Les États américains également ciblés
La riposte canadienne ne frappe pas uniformément les États-Unis. Ottawa a choisi de cibler notamment certains produits provenant d’États industriels et politiquement importants.
L’Ohio devrait ainsi être particulièrement exposé : environ 3,2 milliards de dollars canadiens d’exportations, soit 12 % de ses ventes vers le Canada, pourraient être concernés par les nouveaux droits.
L’Illinois et la Pennsylvanie figurent également parmi les États les plus touchés.
Cette stratégie donne une dimension politique supplémentaire au conflit, certaines des régions visées étant considérées comme importantes pour les prochaines élections américaines.
Le Canada perd son avantage tarifaire
Pendant plusieurs mois, le Canada bénéficiait de l’un des taux de droits de douane américains effectifs les plus faibles parmi les principaux partenaires commerciaux des États-Unis.
Ce taux est toutefois passé de 2,9 % en juin à 5,7 %, après l’entrée en vigueur des nouvelles mesures tarifaires.
Le Canada reste soumis à un niveau inférieur à celui de certains autres partenaires, mais l’écart s’est fortement réduit. Le taux américain moyen appliqué au Royaume-Uni atteint notamment 6,2 %, tandis que celui concernant la Chine se situe autour de 20,5 %.
Les entreprises canadiennes cherchent de nouveaux marchés
Les États-Unis absorbent habituellement plus de 70 % des exportations canadiennes, conséquence de la proximité géographique et de décennies d’intégration commerciale.
La guerre tarifaire pousse toutefois certaines entreprises canadiennes à diversifier leurs débouchés. Le gouvernement de Mark Carney souhaite notamment doubler les exportations canadiennes vers des marchés autres que les États-Unis au cours de la prochaine décennie.
Cette réorientation reste cependant difficile pour les industries fortement intégrées aux chaînes de production américaines, notamment dans l’automobile et la fabrication industrielle.
Malgré les tensions commerciales, les investissements directs étrangers au Canada ont atteint 96,8 milliards de dollars canadiens en 2025, leur niveau le plus élevé depuis 2007.
L’économie canadienne a également enregistré une croissance de 3,3 % du PIB au deuxième trimestre 2026, portée notamment par les exportations et l’investissement intérieur.
Des dizaines de milliers d’emplois menacés
Le marché du travail constitue l’un des principaux points de préoccupation.
Environ 55 000 emplois manufacturiers ont déjà disparu au Canada entre janvier 2025 et janvier 2026, selon les données de la Banque du Canada.
Les nouvelles mesures tarifaires pourraient accentuer cette tendance. Selon certaines estimations, jusqu’à 90 000 emplois supplémentaires pourraient être menacés si les droits de douane américains restent en vigueur.
Aux États-Unis également, les secteurs manufacturier, du transport et de l’entreposage ont subi les conséquences des différentes vagues de droits de douane.
Au-delà de l’emploi, les consommateurs sont eux aussi concernés. Les droits de douane augmentent le coût de nombreux produits et peuvent réduire le pouvoir d’achat des ménages. Aux États-Unis, certaines estimations évaluent à environ 840 dollars par ménage le coût supplémentaire annuel lié aux droits de douane.
Une confrontation sans issue immédiate
La guerre commerciale entre Washington et Ottawa dépasse donc largement la question des tarifs douaniers. Elle affecte les chaînes d’approvisionnement, l’emploi, les prix à la consommation et les stratégies d’investissement des entreprises.
Le Canada cherche désormais à réduire sa dépendance au marché américain, tandis que les mesures de rétorsion sont conçues pour limiter autant que possible leur impact sur les consommateurs canadiens.
Mais avec l’intensification des droits de douane et l’incertitude entourant l’avenir de l’accord commercial nord-américain, les deux économies restent confrontées à une période prolongée d’instabilité.
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