Ceuta : des milliers de migrants transférés vers un nouveau camp installé dans la zone portuaire

MOHAMED YAZID BENNOUNA18 septembre 2026Dernière mise à jour :
Ceuta : des milliers de migrants transférés vers un nouveau camp installé dans la zone portuaire

Les forces de police espagnoles ont entamé vendredi le transfert de plusieurs milliers de migrants présents à Ceuta vers un nouveau site aménagé sous des tentes dans la zone portuaire de l’enclave espagnole située dans le nord de l’Afrique.

L’opération, lancée vers 07h00 heure locale, vise à regrouper les migrants dans un espace permettant leur identification, leur prise en charge et l’examen individuel de leur situation administrative.

Une opération marquée par des tensions

Le transfert a donné lieu à des scènes de tension lorsque des groupes de migrants ont tenté de se frayer un passage pour accéder au nouveau camp.

Les forces de l’ordre ont eu des difficultés à contenir la foule sur le parcours de près de 2 kilomètres reliant les zones de regroupement au port. Des images montrent notamment de jeunes migrants courant dans l’obscurité tandis que les policiers tentaient de maintenir le cordon de sécurité.

Des coups de feu ont également été entendus au cours de l’opération, avec des informations faisant état de tirs en l’air par les forces de l’ordre.

La situation a toutefois été rapidement maîtrisée, permettant la poursuite du transfert.

Un camp d’une capacité de 1.700 personnes

Le nouveau site peut accueillir jusqu’à 1.700 personnes. Plusieurs centaines de migrants y étaient déjà arrivés au cours de la matinée.

Plus de 3.000 migrants devaient être transférés durant la journée, dans le cadre de cette opération qui mobilise plus de 170 policiers, notamment des spécialistes des drones.

Les autorités espagnoles souhaitent ainsi centraliser l’accueil des personnes restées sur le territoire après l’afflux massif enregistré ces dernières semaines.

Plus de 13.000 migrants seraient encore à Ceuta

Selon les estimations communiquées par les autorités espagnoles, la majorité des quelque 72.000 migrants ayant franchi la frontière depuis le Maroc au mois de juillet sont depuis repartis.

Plus de 13.000 personnes se trouveraient toutefois encore dans l’enclave.

Certaines ont passé plusieurs semaines dans des conditions précaires, notamment sur les plages, avant le lancement de l’opération de transfert.

Une crise qui alimente les critiques contre Pedro Sánchez

La gestion de cette crise continue de susciter de vives critiques en Espagne.

Des habitants de Ceuta ont fait part de leurs inquiétudes concernant la sécurité et les conditions de vie dans cette ville de seulement 18,5 km². Certains affrontements ont également opposé des résidents à des groupes de migrants, tandis que des abris ont été dégradés et que des opérations d’aide ont parfois été perturbées.

Le maire de Ceuta, Juan Jesús Vivas, a décrit la situation comme une véritable « cocotte-minute », estimant que l’afflux avait profondément bouleversé la vie quotidienne des habitants.

L’opposition met en cause le gouvernement espagnol

La question de la préparation des autorités espagnoles avant l’afflux massif constitue également un important sujet de controverse politique.

Le Premier ministre Pedro Sánchez affirme que l’ampleur de l’arrivée des migrants ne pouvait pas être anticipée.

L’opposition soutient au contraire que les services de renseignement espagnols avaient été informés de l’existence d’appels diffusés sur les réseaux sociaux en faveur d’un franchissement massif de la frontière.

La députée du Parti populaire (PP) Ester Muñoz a ainsi accusé le gouvernement d’être directement responsable de la situation à Ceuta et des décès survenus lors des franchissements.

Des répercussions diplomatiques

La crise migratoire a également créé des difficultés sur le plan diplomatique pour Pedro Sánchez.

Les relations avec plusieurs partenaires européens sont sous tension, tandis que Madrid cherche parallèlement à préserver sa coopération avec le Maroc.

L’afflux de juillet était intervenu après une décision de la Cour suprême espagnole concernant le traitement des migrants interceptés en mer alors qu’ils tentaient de rejoindre Ceuta.

Dans les jours suivants, des publications diffusées sur les réseaux sociaux avaient relayé de fausses informations et proposé, contre rémunération, d’aider des migrants à franchir la frontière espagnole.

Au moins 100 morts lors des franchissements

Des milliers de personnes avaient ensuite tenté de franchir les barrières frontalières ou de contourner les dispositifs maritimes entourant Ceuta.

Les autorités locales font état d’au moins 100 décès lors de ces tentatives de franchissement.

L’opération de transfert engagée vendredi constitue ainsi une nouvelle étape de la réponse espagnole à cette crise, alors que les autorités cherchent à réorganiser l’accueil des migrants encore présents dans l’enclave et à déterminer individuellement leur situation administrative.

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