Les programmes électoraux des différents partis politiques marocains convergent sur plusieurs priorités, notamment le pouvoir d’achat, la lutte contre la hausse des prix, l’emploi, le logement et les services publics. Ils présentent toutefois des approches différentes concernant les problématiques à traiter et les solutions proposées, particulièrement en matière de gouvernance institutionnelle.
C’est ce qu’a souligné Mohamed El Ghali, professeur de sciences politiques et de droit constitutionnel à l’Université Cadi Ayyad (UCA) de Marrakech.
Au-delà des promesses, la question des moyens
Dans une déclaration, l’universitaire a estimé que la valeur d’un programme électoral ne devait pas être appréciée uniquement à travers les idées, les chiffres ou les échéances annoncées.
Selon lui, son efficacité dépend surtout de la capacité des formations politiques à mobiliser les ressources financières, humaines et institutionnelles nécessaires à la mise en œuvre de leurs engagements.
La transformation des promesses en résultats concrets suppose ainsi, d’après Mohamed El Ghali, de disposer de moyens suffisants et d’éviter que les programmes électoraux ne se limitent à des déclarations destinées à la période de campagne.
Des engagements chiffrés dans l’emploi, la santé et l’éducation
L’universitaire observe également une évolution du discours électoral dans les domaines de l’emploi, de la santé et de l’éducation.
Les partis recourent davantage à des engagements chiffrés, portant notamment sur les effectifs de médecins et d’infirmiers, l’élargissement de la couverture sanitaire ou encore l’amélioration de l’accès aux services essentiels.
Mohamed El Ghali souligne toutefois que la mise en œuvre de ces mesures dépendra de la disponibilité des financements et des ressources nécessaires.
Il met également en garde contre le risque de créer des charges difficiles à soutenir pour les finances publiques, notamment à travers le recours accru à l’emprunt, l’endettement ou une hausse de la fiscalité.
L’État social et la justice territoriale au cœur des programmes
Sur les questions sociales et territoriales, les différentes formations politiques se rejoignent autour de la protection sociale et de la justice territoriale.
Mohamed El Ghali rappelle que ces deux chantiers figurent parmi les grandes orientations engagées par le Royaume et ont déjà donné lieu à plusieurs politiques publiques, notamment dans les secteurs de la santé et de l’éducation, ainsi que dans la protection des populations face aux conséquences des catastrophes naturelles.
Selon lui, les notions d’État social, de développement et de justice territoriale sont désormais devenues des références centrales des programmes proposés pour les élections législatives du 23 septembre 2026.
Des perceptions différentes chez les électeurs
La capacité des électeurs à distinguer les orientations des différentes formations dépend également, selon l’universitaire, de leur rapport à la politique.
Les adhérents des partis aborderaient les programmes davantage à travers leurs convictions et leur engagement politique, tandis que les électeurs non affiliés seraient davantage amenés à comparer les différentes offres et à examiner leur cohérence avec leurs attentes et leurs priorités.
Cette diversité de perceptions constitue ainsi un élément important dans la manière dont les propositions électorales sont reçues par le public.
Les défis internes des partis
Au-delà des programmes, Mohamed El Ghali identifie plusieurs défis auxquels les partis politiques doivent répondre pour renforcer leur fonctionnement et leur implantation.
Il cite notamment la nécessité d’assurer leur continuité et leur pérennité, de renforcer la conscience institutionnelle, de limiter la personnalisation de la vie politique et de mieux gérer les relations entre les différentes générations au sein des formations.
Ces enjeux concernent à la fois l’organisation interne des partis et leur capacité à inscrire leurs projets dans la durée.
Du programme aux résultats concrets
Pour Mohamed El Ghali, la réalisation des engagements électoraux nécessite surtout une hiérarchisation claire des priorités selon des échéances à court, moyen et long termes.
Elle doit également s’accompagner de mécanismes de suivi, d’évaluation, d’accompagnement et de reddition des comptes afin de mesurer régulièrement l’état d’avancement des engagements et de corriger les éventuels dysfonctionnements.
La crédibilité des programmes dépendrait ainsi autant de la pertinence des propositions que de la capacité à les financer, à les mettre en œuvre et à en évaluer les résultats.
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