Professionnels et artistes débattent de la construction d’une carrière internationale, de la diversification des revenus et de la protection des droits dans l’industrie musicale
La ville d’Essaouira a accueilli, jeudi, la première édition du « Essaouira Electronic Music Summit », dont une partie importante des échanges a été consacrée aux moyens permettant aux artistes issus de la scène électronique locale de développer des parcours professionnels à l’international.
Organisé dans le cadre du programme « Moga Connect », en marge du festival « Moga », qui se poursuit jusqu’au 4 octobre, ce sommet est porté en partenariat par la Fondation Hiba et le Lisbon Electronic Music Summit. Il vise à réunir artistes et professionnels afin de favoriser le partage d’expériences autour de l’évolution de l’industrie de la musique électronique au Maroc et de ses relations avec les marchés internationaux.
Du talent local à la carrière internationale
Une session intitulée « Du talent local à la carrière professionnelle internationale » a abordé plusieurs défis auxquels sont confrontés les jeunes artistes souhaitant développer leur activité au-delà du Maroc.
Le DJ et cofondateur du festival « Moga », Abdessalam Alaoui, connu sous le nom artistique de « Daox », a partagé son expérience professionnelle, évoquant notamment ses débuts sur la scène internationale et les difficultés liées à l’obtention de visas.
Il a expliqué que l’une de ses premières invitations à se produire à Paris avait été annulée après le refus de son visa, avant qu’une nouvelle invitation ne lui permette finalement de voyager et d’entamer ses tournées à l’étranger.
Selon lui, cette expérience lui a permis de mieux comprendre les exigences professionnelles liées au métier de DJ et les différences entre le travail sur le marché local et celui des marchés internationaux.
Identité artistique et travail dans la durée
De son côté, le DJ britannique Robin M a insisté sur l’importance de la régularité et de la construction d’une identité musicale claire. Selon lui, le développement d’une carrière internationale repose notamment sur un travail constant et une bonne compréhension des marchés ciblés.
Il a invité les jeunes artistes à développer leur propre univers musical et à sélectionner les opportunités en cohérence avec leur projet artistique, y compris en sachant refuser les propositions qui ne correspondent pas à leur identité ou à leurs orientations professionnelles.
Comment l’industrie musicale évalue-t-elle un artiste ?
Kathleen O’Malley, directrice internationale chez Ultra Records, label américain spécialisé dans la musique électronique, a abordé les critères susceptibles d’être pris en compte par les professionnels lorsqu’ils évaluent le potentiel d’un artiste sur les marchés internationaux.
Elle a notamment évoqué l’importance de suivre l’activité de l’artiste sur son marché d’origine, la taille de sa communauté, son expérience des concerts à l’étranger, ainsi que sa présence sur les réseaux sociaux et les plateformes de streaming musical.
Elle a souligné que la constitution d’une base de fans demande du temps et de la régularité, tout en rappelant l’importance pour l’artiste de disposer d’une identité musicale identifiable aussi bien sur le marché local qu’à l’international.
Distribution et contrats : un volet essentiel de la carrière
La spécialiste de l’industrie musicale et consultante internationale Mikey Nolte a abordé les questions liées à la distribution et au développement de carrière, en insistant notamment sur la nécessité de distinguer les rôles des maisons de production et ceux des plateformes de distribution.
Elle a expliqué que les services de distribution indépendants permettent aux artistes de publier leurs œuvres et de mesurer la réaction du public sans être directement liés à une maison de production.
Elle a également appelé les artistes à examiner attentivement les contrats avant de les signer, notamment les clauses relatives aux droits, aux cessions et aux avances, précisant que les avances financières prévues dans certains contrats peuvent faire l’objet de mécanismes de recoupement avant que l’artiste ne perçoive une partie des revenus.
La musique électronique, une industrie qui dépasse les festivals
Le directeur général de la Fondation Hiba, Marouane Farchani, a indiqué que le sommet d’Essaouira s’inspire de plusieurs expériences internationales, notamment celles de Lisbonne et de Londres, et cherche à aborder la musique électronique sous un angle professionnel et intellectuel, au-delà de sa seule dimension événementielle.
Il a expliqué que la musique électronique au Maroc est souvent associée, dans l’imaginaire collectif, aux festivals et aux concerts, alors qu’elle repose sur une véritable industrie réunissant artistes, managers, maisons de production et acteurs de la distribution, ainsi que sur des enjeux liés à la création, aux rémunérations et à l’exportation de la musique.
Il a estimé que ces différents aspects nécessitent davantage d’attention afin de favoriser le développement des carrières professionnelles des artistes marocains.
Revenus et durabilité au cœur des discussions
La première édition du sommet a également proposé une session consacrée à la construction d’écosystèmes musicaux solides et durables, ainsi que des échanges sur les nouvelles sources de revenus susceptibles d’aider les artistes à diversifier leurs ressources financières et à ne pas dépendre uniquement des performances sur scène.
Ces discussions abordent une dimension pratique de l’évolution de l’industrie musicale, notamment avec l’essor des plateformes de streaming et de la distribution numérique, ainsi que l’évolution des modes d’accès des artistes au public et aux marchés.
« Moga Connect » : relier les talents aux réseaux professionnels
Le programme « Moga Connect » constitue l’une des composantes du festival « Moga » destinées à soutenir les talents de la musique électronique, à travers la formation, les échanges et la mise en relation des artistes avec des réseaux professionnels au Maroc et à l’étranger.
Le programme réunit artistes, producteurs et professionnels de l’industrie musicale afin de discuter des défis liés au développement de la scène électronique marocaine et des possibilités d’élargir sa présence à l’international.
Parallèlement au programme principal du festival, « Moga Off », organisé les 30 septembre et 1er octobre, propose une série d’activités ouvertes au public dans plusieurs cafés, restaurants, institutions culturelles et lieux emblématiques d’Essaouira, avec la participation de différents acteurs locaux.
Cette édition comprend 51 événements, 30 activités, deux concerts gratuits et 18 espaces partenaires, dans le cadre d’une programmation qui renforce la présence du festival au cœur de la ville et dépasse les spectacles principaux pour proposer également des rencontres et des activités destinées au public et aux professionnels.
À travers cette première édition, le Sommet d’Essaouira de la musique électronique met ainsi au centre du débat plusieurs enjeux professionnels auxquels sont confrontés les artistes marocains : développement de l’identité artistique, distribution, constitution d’un public, compréhension des marchés et protection des droits. Une approche qui témoigne de l’élargissement de l’industrie de la musique électronique et de la diversité de ses composantes, au-delà du seul cadre des concerts et des festivals.
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