Le Festival de Salé rend hommage à Fatima Mernissi et appelle à faire vivre son héritage intellectuel

El azhar Bennouna Sanaa5 octobre 2026Dernière mise à jour :
Le Festival de Salé rend hommage à Fatima Mernissi et appelle à faire vivre son héritage intellectuel

La présence de Fatima Mernissi à la 19e édition du Festival international du film de femmes de Salé ne s’est pas limitée à l’évocation d’une figure majeure de la pensée marocaine. Elle a donné lieu à une réflexion sur les moyens de faire vivre son héritage intellectuel et de maintenir ses questionnements critiques au cœur de l’université, de la culture et de la société.

Lors d’une rencontre organisée samedi à Salé, des intellectuels et des acteurs culturels ont appelé à développer des initiatives susceptibles de faire connaître davantage la pensée de la sociologue marocaine disparue, tout en valorisant son approche critique des questions liées aux femmes, au patrimoine et à la modernité, afin de préserver son influence auprès des nouvelles générations.

Une approche à la croisée du savoir et de la société

Farid Mernissi, président de l’Association des amis de Fatima Mernissi pour les activités culturelles, a souligné que l’expérience de Fatima Mernissi se distinguait par son ouverture sur plusieurs disciplines et domaines de connaissance, évoquant ce qu’il a qualifié d’« esprit du tissage », fondé sur le rapprochement entre différents champs et sur le lien entre le savoir et l’expérience humaine.

Il a expliqué que l’association entend poursuivre cette démarche à travers la publication de revues, la production de programmes audio et l’organisation d’ateliers d’écriture réunissant universitaires, artisans et acteurs du monde rural.

Dans le même contexte, il a appelé à renforcer la présence du patrimoine populaire et artisanal dans la recherche scientifique et les espaces universitaires, considérant celui-ci comme une composante du savoir qui mérite d’être documentée, valorisée et transmise aux générations futures.

Traduire la pensée de Mernissi en arabe

De son côté, le traducteur Houcine Sahbane a présenté son expérience dans la traduction vers l’arabe de quatre ouvrages majeurs de Fatima Mernissi : « Le Harem politique », « La femme dans l’inconscient musulman », « L’amour dans les pays musulmans » et « La peur de la modernité ».

Il a décrit ce travail de traduction comme une expérience à la fois exigeante et enrichissante, soulignant que les œuvres de Mernissi proposent une lecture critique du patrimoine islamique et de la pensée juridique religieuse, à partir d’une réflexion centrée sur la condition des femmes et visant à déconstruire plusieurs représentations stéréotypées qui leur sont associées.

Le traducteur est également revenu sur le parcours académique de Fatima Mernissi, entamé au Maroc puis poursuivi en France, avant l’obtention de son doctorat à l’Université Brandeis, aux États-Unis.

Il a relevé que Mernissi considérait les femmes comme un acteur essentiel du changement social et que la relecture critique du patrimoine pouvait constituer une voie vers l’émancipation et l’élargissement des espaces de réflexion, aussi bien pour les femmes que pour les hommes.

La création d’une chaire universitaire au nom de Mernissi

Pour sa part, Fadwa Al-Babili, membre du bureau exécutif de l’Association Bouregreg et du comité d’organisation du festival, a souligné que Fatima Mernissi avait fait de la pensée un outil de défense de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Elle a mis en avant sa capacité à établir un lien entre la recherche intellectuelle et les problématiques vécues quotidiennement par les femmes, exprimant l’espoir de voir créée une chaire académique portant le nom de Fatima Mernissi au sein des universités marocaines. Une telle initiative permettrait de poursuivre l’étude de son œuvre et de rendre sa pensée davantage accessible aux chercheurs et aux étudiants.

Le cinéma comme espace de transmission de la pensée

De son côté, l’universitaire et critique de cinéma Mohamed Chouika a estimé que l’hommage rendu à Fatima Mernissi s’inscrivait dans l’ouverture du festival sur la pensée marocaine à travers une approche féminine, soulignant l’importance de rapprocher cinéma et réflexion intellectuelle dans le traitement des questions de société.

Il a affirmé que le septième art était capable de transmettre les idées à un large public, notamment lorsqu’il s’agit de déconstruire les stéréotypes et de revisiter les questions relatives aux femmes à travers des œuvres artistiques susceptibles de toucher différentes catégories de la société.

Un hommage à la mémoire d’Aïcha Benkhadra

La rencontre a également été marquée par un hommage à la mémoire de Aïcha Benkhadra, fondatrice de l’Association des amis de Fatima Mernissi pour les activités culturelles, en reconnaissance de son rôle dans la préservation de l’héritage de la sociologue marocaine disparue, ainsi que de son engagement en faveur de la diffusion et de la transmission de sa pensée.

Cette rencontre s’inscrit dans le cadre des activités du Festival international du film de femmes de Salé, organisé sous le Haut Patronage de Sa Majesté le Roi Mohammed VI, à l’initiative de l’Association Bouregreg. Le festival consacre une partie de sa programmation à la promotion de la création cinématographique féminine, aux questions liées aux femmes et à l’ouverture sur des expériences cinématographiques et intellectuelles issues de différentes sociétés.

Un héritage qui dépasse les livres

La présence de Fatima Mernissi dans cette édition montre que son héritage ne se limite plus à ses ouvrages et à ses recherches. Il constitue désormais le point de départ de nombreuses initiatives culturelles et académiques visant à faire redécouvrir sa pensée aux nouvelles générations.

Entre université, traduction, cinéma et action culturelle, le débat se poursuit autour des meilleurs moyens de préserver cet héritage et de le renouveler, afin que la pensée de Mernissi demeure une composante vivante de la réflexion sur les femmes, la société et la modernité au Maroc.

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