Le Maroc se rapproche de la bataille du Conseil de sécurité : expérience onusienne et offensive diplomatique pour le mandat 2028-2029

El azhar Bennouna Sanaa6 octobre 2026Dernière mise à jour :
Le Maroc se rapproche de la bataille du Conseil de sécurité : expérience onusienne et offensive diplomatique pour le mandat 2028-2029

À l’approche de l’élection des membres non permanents du Conseil de sécurité des Nations unies, la candidature du Maroc pour la période 2028-2029 s’apprête à franchir une nouvelle étape diplomatique. Rabat s’appuie sur une longue expérience au sein du système onusien, une participation constante aux opérations de maintien de la paix ainsi que sur des responsabilités actuellement exercées dans plusieurs institutions et mécanismes des Nations unies.

Une candidature fondée sur l’expérience plutôt que sur une présence conjoncturelle

Le Maroc a officiellement annoncé sa candidature à un siège non permanent au Conseil de sécurité pour la période 2028-2029. Le scrutin doit avoir lieu en juin 2027, lors de l’Assemblée générale des Nations unies.

Rabat aborde cette échéance en s’appuyant sur une expérience déjà acquise au sein du Conseil, puisque le Royaume y a siégé à trois reprises, durant les périodes 1963-1964, 1992-1993 et 2012-2013.

Ce parcours confère au Maroc une connaissance pratique du fonctionnement du Conseil ainsi que des principaux dossiers politiques et sécuritaires qui figurent au cœur des travaux de l’organe chargé du maintien de la paix et de la sécurité internationales.

La présidence de la Commission de consolidation de la paix, un atout diplomatique majeur

Parmi les principaux arguments mis en avant par le Maroc figure sa présidence, en 2026, de la Commission de consolidation de la paix des Nations unies.

Cette responsabilité revêt une importance particulière compte tenu de la nature des travaux de la Commission, qui établit des liens entre les dimensions politique, sécuritaire et économique dans la gestion des conséquences des conflits. Elle œuvre également à accompagner les pays sortant de crises et à renforcer les institutions capables de prévenir la résurgence des tensions.

Au cours de la présidence marocaine, le Royaume s’est illustré dans plusieurs débats onusiens consacrés à la prévention des conflits, à la consolidation de la paix et au renforcement des institutions nationales.

L’ambassadeur du Maroc auprès des Nations unies, Omar Hilale, a également présidé une session spéciale organisée à l’occasion du vingtième anniversaire de la création de l’architecture de consolidation de la paix, en présence du secrétaire général de l’ONU, António Guterres.

Lors de la 81e session de l’Assemblée générale, le ministre marocain des Affaires étrangères, Nasser Bourita, a présidé une réunion ministérielle de la Commission consacrée au renforcement des institutions nationales et à leur rôle dans les processus de paix.

Plus de 1 300 Marocains engagés dans les opérations de maintien de la paix

La présence marocaine au sein du système des Nations unies ne se limite pas à l’action diplomatique et institutionnelle. Elle s’étend également au terrain.

Le Maroc participe aux opérations de maintien de la paix des Nations unies depuis 1960, tandis que les données de l’ONU font état de la présence de plus de 1 300 Marocains dans ces opérations.

Cette contribution constitue l’un des piliers de la candidature marocaine, la participation aux opérations de maintien de la paix étant considérée comme un indicateur concret de l’engagement des États en faveur du multilatéralisme, de la protection des civils et de la stabilité dans les zones de conflit.

Le Maroc a également perdu 65 de ses éléments alors qu’ils servaient sous le drapeau des Nations unies, un bilan qui témoigne des risques auxquels les participants marocains ont été confrontés dans le cadre de ces missions.

Une expérience directe au sein du Conseil de sécurité

Le Maroc dispose également d’une expérience directe dans la conduite des travaux du Conseil de sécurité, notamment lors de sa présidence tournante en décembre 2012.

Au cours de ce mois, le Conseil a tenu 34 réunions et adopté 18 résultats officiels, dont sept résolutions, quatre déclarations présidentielles et six communiqués de presse, ainsi qu’un autre élément de presse.

Le Maroc avait alors pris l’initiative d’organiser un débat de haut niveau consacré à la région du Sahel, ainsi qu’un autre sur la consolidation de la paix après les conflits. Deux dossiers qui continuent, des années plus tard, d’occuper une place importante dans l’agenda des Nations unies.

À travers cette expérience, le Maroc cherche à mettre en avant sa capacité non seulement à occuper un siège, mais également à contribuer à orienter les débats internationaux vers des dossiers d’importance pour le continent africain et la communauté internationale.

L’Afrique au cœur de l’offensive diplomatique marocaine

Au cours de ses récentes initiatives diplomatiques à New York, le Maroc a renforcé sa présence sur plusieurs dossiers liés à la sécurité et à la stabilité en Afrique.

Parmi les principales initiatives figure le lancement de la phase de signature d’une convention africaine sur le désarmement, la démobilisation et la réintégration des enfants soldats, avec la participation d’une vingtaine de pays africains.

Le Maroc a également présidé la huitième réunion ministérielle du Processus des États africains de l’Atlantique, une initiative lancée à Rabat en 2022 et axée notamment sur le dialogue politique, la sécurité maritime, la connectivité entre les États, l’économie bleue, l’énergie et l’environnement.

À travers ces initiatives, Rabat cherche à promouvoir une approche de la sécurité fondée sur la prévention, la coopération et le développement, plutôt que sur la seule gestion des crises une fois celles-ci déclenchées.

Un scrutin nécessitant une majorité des deux tiers

L’accès au Conseil de sécurité reste conditionné au vote de l’Assemblée générale des Nations unies. Le candidat doit obtenir une majorité des deux tiers des États présents et votants.

Dans ce contexte, le Maroc a engagé depuis un certain temps une campagne diplomatique visant à mobiliser des soutiens en faveur de sa candidature. Plusieurs pays ont déjà annoncé leur appui au Royaume, parmi lesquels la Côte d’Ivoire, le Burundi et le Cambodge, selon les éléments liés à cette candidature.

L’obtention du siège demeure toutefois tributaire de calculs diplomatiques complexes, notamment en raison de l’importance des équilibres régionaux et continentaux dans les élections au Conseil de sécurité.

De la consolidation de la paix à la sécurité maritime : un agenda qui s’élargit

Les récentes initiatives marocaines aux Nations unies témoignent d’une volonté de présenter une candidature reposant sur un large éventail de dossiers, allant du maintien de la paix et du renforcement institutionnel à la sécurité maritime et aux défis auxquels fait face le continent africain.

La bataille pour un siège au Conseil de sécurité apparaît ainsi, pour le Maroc, comme le prolongement d’un long parcours diplomatique à travers lequel Rabat cherche à transformer son expérience au sein du système onusien, sa contribution aux opérations de maintien de la paix et son engagement croissant sur les dossiers africains en autant d’atouts pour l’échéance de juin 2027.

À moins d’un an du scrutin, l’attention se portera au cours des prochains mois sur la capacité de la diplomatie marocaine à élargir son cercle de soutiens et à transformer ce capital d’expérience, de présence et de responsabilités en voix au sein de l’Assemblée générale.

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