Rabat : « DL’âme » ouvre la scène théâtrale aux univers de la rue et aux tensions de la marge

El azhar Bennouna Sanaa8 octobre 2026Dernière mise à jour :
Rabat : « DL’âme » ouvre la scène théâtrale aux univers de la rue et aux tensions de la marge

De la rue à la scène, l’histoire se déploie dans « DL’âme », la nouvelle création de la troupe Théâtre Okad, présentée mercredi soir à la salle Bahnini à Rabat devant un public nombreux.

Le spectacle propose une lecture artistique de plusieurs problématiques sociales et psychologiques liées aux marges de la société et aux conflits intérieurs de l’être humain.

Soutenu par le ministère de la Jeunesse, de la Culture et de la Communication, le spectacle constitue la deuxième étape de la tournée nationale de la pièce, après une représentation en avant-première à Salé. La tournée se poursuivra à Casablanca et Marrakech, avant une participation au Festival national du théâtre à Tétouan, le 19 octobre.

Quand la rue devient matière théâtrale

Le metteur en scène Ahmed Amine Assahil a choisi de faire de la rue le point de départ de la création, non seulement comme espace où se déroule l’action, mais également comme source d’inspiration pour les personnages, les questionnements et les tensions qui traversent le spectacle.

La pièce suit les trajectoires de plusieurs personnages confrontés à des situations sociales complexes et cherchant à exprimer leurs peurs ainsi que leurs conflits intérieurs.

La distribution réunit notamment Mohamed Chahir, Zaho El Haouari, Issameddine Mahrim, Hajar Senaoui et Amine Belmeghzi, dont le jeu collectif permet de mettre en lumière la diversité des expériences et les croisements entre les différents parcours.

Le hip-hop au cœur de l’expérience théâtrale

« DL’âme » ne se limite pas à aborder des thématiques sociales, mais cherche à les traiter à travers un langage scénique contemporain nourri par différents éléments de la culture hip-hop.

Ahmed Amine Assahil explique que la démarche artistique repose sur l’intégration d’éléments visuels et sonores inspirés du rap, du graffiti et du DJing, réunis au sein d’une même construction théâtrale.

Cette approche s’inscrit dans la continuité du travail du metteur en scène, qui a déjà exploré l’utilisation des expressions de la culture urbaine dans d’autres créations, notamment « Brenda », sacrée meilleure pièce de théâtre du monde arabe en Jordanie, ainsi que « La Victoire », récompensée comme meilleur spectacle au Festival de Tétouan en 2023.

« DL’âme », un titre aux multiples significations

Le choix du titre revêt également une dimension artistique particulière, en associant les sonorités arabe et française autour de l’idée de « l’obscurité de l’âme ».

Dans le spectacle, l’obscurité devient un élément visuel central à travers la lumière, les couleurs et la présence des personnages. Les conteneurs à déchets apparaissent également comme des témoins silencieux de ce qui se déroule dans la rue durant la nuit.

À travers ces différents éléments, la création construit un univers scénique où l’image, le son et le mouvement participent pleinement à la narration. Le texte n’est donc pas le seul vecteur de sens : les différentes composantes du spectacle se complètent pour construire l’expérience théâtrale.

« Sami », un jeune homme face à son environnement

Le comédien Mohamed Chahir, qui tient le rôle principal, interprète « Sami », un jeune homme évoluant dans un environnement familial complexe et confronté à des conditions sociales qui le poussent à remettre en question les règles établies et à chercher sa propre place.

L’évolution du personnage se construit notamment à travers ses relations avec sa famille et avec une jeune fille confrontée à une partie des mêmes difficultés et troubles intérieurs.

Le spectacle ouvre ainsi une réflexion sur le conflit entre l’individu et son environnement, ainsi que sur l’influence des conditions sociales sur les choix et les trajectoires des jeunes.

Selon Mohamed Chahir, l’expérience cherche à s’éloigner de certaines formes théâtrales académiques strictes en s’appuyant sur des expressions artistiques contemporaines susceptibles de toucher davantage le jeune public, notamment le rap et la culture hip-hop.

Une tournée nationale qui se poursuit à Tétouan

Après Rabat, la troupe Théâtre Okad poursuivra sa tournée nationale à Casablanca et Marrakech, avant de rejoindre le Festival national du théâtre à Tétouan, le 19 octobre.

Cette tournée s’inscrit dans le parcours artistique et culturel de la troupe, qui poursuit ses activités de création et d’organisation d’initiatives liées au théâtre et aux arts, notamment à travers le Festival international Okad du théâtre à Marrakech.

Avec « DL’âme », Théâtre Okad propose ainsi une expérience scénique qui cherche à explorer l’univers de la rue à travers un langage artistique contemporain, plaçant les jeunes, leurs questionnements et leurs tensions quotidiennes au cœur du récit.

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