Crédit à la consommation : un filet social sous tension
Le dernier rapport sur la stabilité financière, co-signé par Bank Al-Maghrib, l’ACAPS et l’AMMC, brosse un tableau nuancé de l’endettement des ménages marocains. En apparence, l’indicateur moyen d’endettement est en légère baisse – passant de 35 % à 34 % des revenus –, mais cette inflexion cache une réalité sociale plus sombre. Le crédit, longtemps perçu comme un outil de confort ou d’investissement, glisse progressivement vers un rôle d’amortisseur de précarité pour des pans entiers de la population.
Fonctionnaires et salariés, des profils solvables… en apparence
Les fonctionnaires représentent désormais 28 % des emprunteurs, contre 24 % l’année précédente. Ce recentrage du crédit sur les agents publics s’explique par leur revenu régulier, gage de sécurité pour les institutions financières. Pourtant, 62 % du revenu moyen de cette catégorie est aujourd’hui absorbé par les remboursements, un taux critique qui compromet leur capacité à épargner ou à investir durablement.
Un surendettement devenu phénomène structurel
Le rapport met en évidence une réalité préoccupante : 32 % des emprunteurs dépassent le seuil des 40 % d’endettement, et parmi eux, une majorité écrasante est composée de fonctionnaires et de salariés du privé. Ce niveau d’endettement pénalise lourdement les dépenses essentielles comme l’alimentation, la santé ou le logement. Le crédit devient alors un outil de survie, permettant de gérer les imprévus ou de compenser l’érosion du pouvoir d’achat liée à l’inflation.
Les quinquagénaires, une génération prise en étau
Les personnes âgées de 50 à 60 ans sont les plus affectées : 39 % de leur revenu est englouti par la dette. Cette tranche d’âge, souvent confrontée à des obligations familiales persistantes (études des enfants, charges médicales, etc.) et à une baisse anticipée de revenus liée à la retraite, se retrouve dans une impasse budgétaire.
Inégalités d’accès et fragilité sociale accrue
Le paradoxe est flagrant : les ménages les plus aisés – ceux dont les revenus dépassent 10 000 dirhams mensuels – concentrent 60 % des crédits, mais avec un taux d’endettement maîtrisé de 31 %. En revanche, les foyers modestes sont dirigés vers des produits plus chers, avec des taux élevés et peu de marges de négociation. Ils subissent davantage les effets des hausses de taux ou des durées d’emprunt rallongées.




