Un rapport récent du Conseil économique, social et environnemental (CESE) met en lumière les obstacles majeurs auxquels la jeunesse marocaine est confrontée. Malgré un capital humain important, les politiques publiques destinées à cette catégorie, qui représente environ 16,1 % de la population totale, n’ont pas encore permis une insertion économique et sociale satisfaisante.
Le CESE souligne dans son rapport annuel 2024 que le Maroc traverse une phase d’achèvement de sa transition démographique, avec un ralentissement du taux de croissance naturelle de la population. Ce ralentissement, qui voit la croissance tomber de 2,61 % par an dans les années 1970-80 à 0,85 % attendu entre 2014 et 2040, risque de limiter les bénéfices liés au potentiel de sa jeunesse, notamment dans un contexte de ralentissement économique et de diminution des emplois disponibles.
Le rapport alerte sur un taux de chômage des jeunes âgés de 15 à 24 ans atteignant 36,7 % en 2024, tandis que 25,6 % des jeunes sont des NEET (ni en emploi, ni en études, ni en formation). Ce chiffre illustre la persistance du décrochage scolaire et la prévalence du travail non structuré, particulièrement chez les femmes, privant ainsi une large part des jeunes d’un revenu stable et d’une protection sociale.
Le CESE met également en avant une forte aspiration à la migration chez les jeunes, plus de la moitié des 18-29 ans ayant envisagé de quitter le pays. Les motivations principales sont économiques (45 %), éducatives (18 %) et liées à la corruption (15 %).
Une autre réalité inquiétante révélée par le rapport est la durée du chômage : 70,4 % des jeunes chômeurs connaissent un chômage de longue durée et 73,4 % n’ont jamais travaillé. Ce phénomène s’explique notamment par l’insuffisance des passerelles vers l’emploi, comme la formation, l’orientation professionnelle et les dispositifs de médiation.
Fait marquant, l’obtention d’un diplôme universitaire ne garantit plus un emploi : le taux de chômage des jeunes diplômés de l’enseignement supérieur atteint 61,2 %, mettant en évidence un décalage entre qualifications académiques et besoins du marché du travail.
Le CESE critique aussi la multiplicité des institutions et la dispersion des programmes dédiés à l’emploi des jeunes, qui manquent d’un cadre stratégique unifié et d’une coordination efficace. Cette situation limite la connaissance et l’impact de ces initiatives auprès des jeunes.
Sur le plan de l’entrepreneuriat, la création d’entreprise par les jeunes est souvent contrainte par la nécessité, plus que par l’opportunité économique. Ces jeunes entrepreneurs font face à de nombreuses barrières : difficultés d’accès au financement, contraintes foncières, lenteurs administratives, et besoin d’accompagnement technique.
Les jeunes en milieu rural sont particulièrement vulnérables, confrontés à des difficultés d’accès aux services, au transport et à la sécurité, notamment les jeunes femmes. La concentration des opportunités économiques dans quelques régions accentue les disparités territoriales et favorise la migration interne et externe.
Sur le marché de l’emploi, le travail non structuré dépasse 48 % en milieu urbain et 58,8 % en milieu rural. Près de la moitié des femmes en milieu rural travaillent sans rémunération, ce qui contribue à un sentiment de frustration et limite la participation des jeunes à la vie publique et politique.
Le rapport établit aussi un lien préoccupant entre chômage et troubles psychiques : les jeunes NEET souffrent davantage d’anxiété et de dépression, ce qui les rend plus vulnérables aux discours nihilistes et alimente leur désir de migration.
Face à ces constats, le CESE recommande de renforcer la formation professionnelle et technique, d’améliorer l’accès des femmes et des jeunes ruraux à l’emploi, de soutenir l’entrepreneuriat, d’optimiser le cadre institutionnel, et de mettre en place une autorité nationale pour le suivi des politiques d’insertion. Il insiste également sur l’importance d’associer les jeunes à l’élaboration de ces politiques afin d’assurer leur pertinence et leur efficacité, en accord avec les orientations du nouveau modèle de développement.




