Moscou dénonce une « grave erreur » de Chișinău et évoque le précédent ukrainien
Alors que la Moldavie affirme sa souveraineté en désignant la Russie comme principale menace à sa sécurité nationale, le Kremlin réagit avec fermeté, accusant les autorités moldaves de suivre une voie périlleuse. En toile de fond : la guerre en Ukraine, la présence militaire russe en Transnistrie, et une lutte d’influence stratégique entre Moscou et Bruxelles.
Une stratégie militaire qui change la donne
Le 8 octobre 2025, le gouvernement moldave a officiellement approuvé sa stratégie militaire nationale pour la période 2025–2035. Ce document fondateur, qui trace les grandes lignes de la politique de défense du pays pour la prochaine décennie, marque un tournant important : la Fédération de Russie y est clairement identifiée comme la principale menace pour la sécurité nationale.
Adoptée dans un contexte géopolitique particulièrement tendu, cette stratégie prévoit notamment la modernisation des forces armées moldaves, une augmentation des dépenses militaires à hauteur d’au moins 1 % du PIB, ainsi qu’un renforcement de la coopération sécuritaire avec les partenaires occidentaux.
Les autorités moldaves justifient cette position par « la poursuite de l’agression militaire de la Russie en Ukraine et son extension possible à la République de Moldavie », un risque considéré comme sérieux par les analystes de défense dans la région.
Une réaction musclée du Kremlin
La réponse de Moscou ne s’est pas fait attendre. Interrogé par l’agence de presse étatique TASS, le porte-parole du président russe, Dmitri Peskov, a condamné la décision de Chișinău en des termes très clairs. Il a accusé les autorités moldaves de « commettre une grave erreur » en se détournant de la Russie pour se rapprocher de l’Union européenne.
« Il s’agit de la poursuite d’une ligne plutôt conflictuelle à l’égard de notre pays », a déclaré Peskov. « Les dirigeants moldaves actuels commettent une grave erreur en faisant de la Russie un antagoniste. »
Plus inquiétant encore, Peskov a évoqué le « sort d’un autre État » qui aurait déjà commis cette erreur — une référence à peine voilée à l’Ukraine, envahie par la Russie en 2022. Une manière de faire passer un avertissement clair à la Moldavie, sans jamais nommer explicitement le pays concerné.
Une menace réelle à l’Est : la Transnistrie
Au-delà des discours, la menace russe sur la Moldavie se manifeste aussi sur le terrain, en particulier en Transnistrie, région séparatiste pro-russe où sont stationnées des troupes russes depuis les années 1990. Dans sa stratégie, Chișinău désigne cette présence militaire comme une « menace directe » susceptible d’être utilisée pour déstabiliser le pays.
Les autorités moldaves craignent une possible tentative de création d’un corridor terrestre entre la Russie et la Transnistrie, à travers le sud de l’Ukraine — ce qui placerait la Moldavie dans une position stratégique extrêmement vulnérable.
Déjà, la guerre en Ukraine a eu des répercussions sécuritaires tangibles sur le territoire moldave : violation de l’espace aérien, afflux de réfugiés, cyberattaques, tentatives de désinformation… Autant de signaux d’alerte pris au sérieux par le gouvernement pro-européen de la présidente Maia Sandu.
Tensions politiques internes et pressions extérieures
La nouvelle stratégie militaire intervient quelques jours après la victoire du parti pro-européen Action et Solidarité aux élections législatives du 28 septembre. Le gouvernement accuse la Russie de tentatives d’ingérence dans le processus électoral, notamment via des campagnes de désinformation alimentées par des outils numériques, parfois pilotés par l’intelligence artificielle.
Ces accusations s’ajoutent à un climat de polarisation politique interne, où les forces pro-russes conservent une certaine influence, notamment dans les régions russophones.
Une ligne de fracture entre deux mondes
En désignant la Russie comme une menace directe, la Moldavie franchit un cap symbolique. Si elle reste officiellement un pays neutre, ce positionnement la rapproche davantage des pays d’Europe centrale et orientale qui, depuis l’invasion de l’Ukraine, ont durci leurs positions à l’égard de Moscou.
Face à cela, le Kremlin semble prêt à répondre non seulement par la rhétorique, mais potentiellement aussi par des actes, comme en témoignent les tensions persistantes en Transnistrie et les campagnes d’influence en cours.
La Moldavie, petit pays de 2,5 millions d’habitants, se trouve aujourd’hui à la croisée des chemins : défendre son indépendance stratégique, tout en gérant prudemment une relation avec une puissance voisine dont la politique extérieure se montre de plus en plus agressive.




