Le mandarin séduit la jeunesse marocaine : entre curiosité linguistique et ambition professionnelle

El azhar Bennouna Sanaa17 octobre 2025Dernière mise à jour :
Le mandarin séduit la jeunesse marocaine : entre curiosité linguistique et ambition professionnelle

De plus en plus d’élèves, étudiants et professionnels marocains se tournent vers l’apprentissage du chinois, porté par la montée des relations sino-marocaines et l’essor des Instituts Confucius dans le Royaume.Autrefois perçue comme une langue lointaine et complexe, la langue chinoise, et plus précisément le mandarin, connaît un engouement sans précédent au Maroc. Des bancs de l’université aux classes des écoles primaires, l’enseignement du chinois s’installe durablement dans le paysage linguistique national. À l’origine de cette dynamique : l’action des Instituts Confucius, l’attrait pour la Chine comme partenaire économique stratégique, et la volonté croissante des jeunes Marocains d’investir dans une compétence d’avenir.


Une langue en plein essor

La langue chinoise, millénaire et porteuse d’une culture riche, attire aujourd’hui un public marocain de plus en plus large et diversifié. Étudiants, fonctionnaires, salariés du privé, professionnels ou retraités… tous convergent vers les centres d’apprentissage du mandarin. Cette tendance reflète non seulement une curiosité culturelle mais aussi un intérêt stratégique pour une langue devenue un véritable levier de mobilité académique et de développement professionnel.

À Casablanca, l’Institut Confucius de l’Université Hassan II (UH2C) joue un rôle central dans cette dynamique. Depuis sa création, il a formé plus de 10.000 apprenants. En 2024, l’Institut a enregistré une hausse de 20 % des inscriptions, et les préinscriptions pour 2025 dépassent déjà les 1.900. La directrice marocaine, la professeure Fadma Aït Mous, insiste sur la demande croissante de cours en ligne, de créneaux adaptés aux actifs et de programmes pour enfants.

Apprendre le mandarin dès le plus jeune âge

L’apprentissage du mandarin ne se limite plus au monde universitaire. Grâce à un partenariat entre l’Institut Confucius et la Fondation BMCE Bank, des cours de chinois sont désormais dispensés dans trois écoles primaires, à Bouskoura, Ouled Larbi et Ouahdana. Près de 180 élèves de 5ᵉ et 6ᵉ années bénéficient de ces enseignements, marquant une évolution importante dans la place accordée à la langue chinoise dans le système éducatif marocain.

Les parents, eux aussi, sont de plus en plus nombreux à considérer le chinois comme un investissement pour l’avenir de leurs enfants, au même titre que l’anglais ou le français.

Une offre pédagogique qui s’adapte

Face à cet engouement, l’Institut Confucius de Casablanca mise sur une pédagogie innovante et évolutive. Les cours, dispensés en présentiel par des enseignants qualifiés, sont structurés selon trois niveaux – débutant, intermédiaire et avancé – et limités à 25 étudiants par classe afin de favoriser l’interaction et la progression.

Outre les méthodes traditionnelles, des outils numériques tels que l’application « Taoli » permettent aux apprenants de renforcer leur maîtrise du mandarin en autonomie. L’Institut propose également des ateliers culturels – calligraphie, cuisine chinoise, cinéma, célébrations – pour offrir une immersion complète.


Diversité des profils, féminisation de la filière

Selon la professeure Zheng Qiong, ancienne directrice chinoise de l’Institut, le profil des apprenants a considérablement évolué. Si au départ la majorité venait de l’université, aujourd’hui, ce sont aussi des actifs et des seniors qui s’y forment. Par ailleurs, les femmes représentent une majorité dans les cursus de langue chinoise, ce qui reflète une féminisation croissante des filières linguistiques et un intérêt marqué pour les carrières internationales.


Un tremplin vers la Chine et au-delà

Avec l’intensification des échanges économiques et universitaires entre le Maroc et la Chine, la maîtrise du mandarin ouvre de nouvelles opportunités. Des programmes de mobilité sont mis en place en partenariat avec l’Université de Shanghai (SISU), et la conférence académique annuelle « Sur les extrémités de la Route de la Soie, Maroc-Chine » illustre le rôle croissant du pays dans les réseaux sino-africains.

Parmi les projets à venir : l’élargissement du corps enseignant, la multiplication des sites de cours, le développement de formations en ligne pour les zones rurales, et le lancement de nouveaux modules combinant langue chinoise et compétences professionnelles.


Conclusion : une langue de plus en plus stratégique

Le mandarin, bien plus qu’un simple outil linguistique, s’impose aujourd’hui comme une passerelle vers l’avenir. Pour les jeunes Marocains, il incarne à la fois une ouverture culturelle, une compétence différenciante sur le marché du travail, et un lien concret avec un partenaire économique clé. Porté par les efforts des Instituts Confucius et une demande sociétale croissante, l’enseignement du chinois a désormais toute sa place dans l’écosystème éducatif marocain.

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