Le Maroc face au défi de la transparence politique

El azhar Bennouna Sanaa22 octobre 2025Dernière mise à jour :
Le Maroc face au défi de la transparence politique

Réformes électorales : vers une moralisation en profondeur du champ politique

Le Conseil des ministres, présidé par Sa Majesté le Roi Mohammed VI, a approuvé deux projets de lois organiques qui pourraient redéfinir les bases du jeu politique au Maroc. Moralisation, régénération des élites, inclusion des jeunes et des femmes : un chantier de grande ampleur s’ouvre, avec pour toile de fond une ambition claire — aligner l’éthique politique sur les exigences d’une économie en transformation.


Un Conseil des ministres aux accents de rupture

Dimanche 19 octobre 2025, au Palais Royal de Rabat, le Conseil des ministres a donné son feu vert à deux projets de textes qui, s’ils sont appliqués avec rigueur, pourraient initier un véritable tournant démocratique. Le premier réforme le statut de la Chambre des représentants, le second encadre plus strictement le fonctionnement des partis politiques.

Le message transmis est limpide : restaurer la légitimité démocratique en éradiquant les pratiques de fraude, de corruption et de clientélisme. À ce jour, 26 députés ont été poursuivis ou condamnés pour des faits de corruption ou d’abus de pouvoir depuis 2021, dont 11 ont été incarcérés. Le taux de déchéance parlementaire pour cause judiciaire atteint un niveau sans précédent : près de 47% des cas recensés.


Moraliser, oui, mais aussi renouveler

Les nouvelles dispositions ne se contentent pas de sanctionner : elles visent également à rénover le visage de la représentation politique. Pour la première fois, les candidats de moins de 35 ans bénéficieront d’un soutien public couvrant jusqu’à 75 % de leurs dépenses de campagne, une mesure conçue pour lever les barrières à l’engagement des jeunes.

Autre nouveauté d’envergure : les circonscriptions régionales seront désormais réservées exclusivement aux femmes, ce qui pourrait porter la représentation féminine à 35 % du Parlement dès 2026, contre 24 % actuellement.


Des partis politiques sommés de se réformer

La loi organique encadrant les partis introduit de nouvelles exigences de transparence financière. Selon le dernier rapport de la Cour des comptes, seuls 27 partis sur 33 ont transmis leurs bilans en 2023, et 24 ont été contraints de restituer près de 38,4 millions de dirhams de subventions non justifiées. Plus de la moitié de leurs ressources restent d’origine publique, révélant une dépendance structurelle peu compatible avec les standards modernes de gestion.

Le texte impose désormais un encadrement rigoureux des comptes, assorti de sanctions plus dissuasives. L’objectif affiché est de moderniser l’action partisane, en cohérence avec les mutations profondes de la société marocaine.


Crise de confiance et exigence de rigueur

Les réformes interviennent dans un contexte de défiance citoyenne aiguë. Selon le Centre marocain pour la citoyenneté, 94,8 % des Marocains déclarent ne pas faire confiance aux partis politiques. Sur le plan international, le dernier Indice de perception de la corruption de Transparency International place le Maroc à la 99e place sur 180 pays, avec un score en baisse.

Face à cette situation, le Conseil des ministres a voulu rétablir un lien entre exemplarité politique et stabilité économique. Pour plusieurs analystes, la moralisation du champ politique est désormais perçue comme un facteur stratégique de compétitivité.


Un pari sur la cohérence et l’exemplarité

Les orientations validées par S.M. le Roi Mohammed VI, notamment à travers le projet de Loi de Finances 2026, misent sur la croissance, l’emploi et la justice sociale.

En somme, la réforme politique est indissociable de la performance économique et sociale. La monarchie marocaine semble en avoir pleinement conscience, en traçant une feuille de route où la transparence n’est plus une option, mais un prérequis au développement.

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