Le Maroc accélère la réutilisation des eaux usées pour renforcer sa résilience hydrique

El azhar Bennouna Sanaa21 novembre 2025Dernière mise à jour :
Le Maroc accélère la réutilisation des eaux usées pour renforcer sa résilience hydrique

Un atelier national réunit institutions publiques, partenaires internationaux et experts pour évaluer les progrès et consolider la stratégie de réutilisation des eaux usées d’ici 2027.


Confronté à une sécheresse persistante depuis 2017 et à un recul continu du taux de remplissage des barrages, le Maroc fait de la réutilisation des eaux usées traitées un levier majeur de sa stratégie hydrique. Le Policy Center for the New South a accueilli, mercredi 19 novembre 2025, un atelier national rassemblant acteurs institutionnels, partenaires internationaux et opérateurs privés, afin d’évaluer les avancées du Programme national d’assainissement mutualisé et de définir les actions nécessaires pour atteindre l’objectif de 100 millions de m³ d’eaux usées réutilisées d’ici 2027.


Une sécheresse durable qui impose des solutions structurelles

Depuis près de huit ans, le Maroc subit une succession d’années sèches, provoquant une chute prononcée des ressources stockées dans les barrages. Dans ce contexte, l’État accélère sa transition vers des solutions durables, parmi lesquelles la réutilisation des eaux usées occupe désormais une place stratégique.

Cette option, longtemps secondaire, est devenue une nécessité pour sécuriser l’approvisionnement en eau des villes, des industries et des espaces verts, tout en réduisant la pression sur les ressources conventionnelles.


Un atelier national pour faire le point sur les avancées

L’atelier organisé à Rabat par le Policy Center for the New South, en partenariat avec le ministère de l’Intérieur, l’Agence française de développement (AFD) et l’Union européenne, a réuni une cinquantaine de responsables, opérateurs et experts du secteur de l’eau.

L’objectif : dresser un bilan précis du Programme national d’assainissement mutualisé (PNAM), qui vise à moderniser les infrastructures d’assainissement, améliorer le traitement des eaux et encourager leur réutilisation à large échelle.

Actuellement, 52,6 millions de m³ d’eaux usées traitées sont valorisés chaque année. Le défi consiste à presque doubler ce volume pour atteindre 100 millions de m³ en 2027, un objectif ambitieux mais jugé réalisable grâce aux projets déjà en cours.


Des usages multiples : agriculture, espaces verts et industrie

La réutilisation des eaux usées offre un potentiel considérable pour plusieurs secteurs.

  • Agriculture : irrigation de cultures fourragères, arboriculture ou productions nécessitant une eau non destinée à la consommation directe.

  • Villes : arrosage des parcs et espaces verts, réduction de la pression sur les réseaux d’eau potable.

  • Industrie : alimentation de circuits de refroidissement et de processus nécessitant une eau non conventionnelle.

Cette diversification des usages améliore la résilience du pays face aux pénuries, tout en favorisant une gestion plus circulaire de la ressource.


Accélérer les investissements et harmoniser les cadres de gouvernance

Les participants à l’atelier ont mis en avant plusieurs leviers pour atteindre les objectifs fixés :

  • Accélération des investissements dans les stations d’épuration et les réseaux de distribution dédiés à la réutilisation.

  • Renforcement de la gouvernance via une meilleure coordination entre communes, agences de bassin, opérateurs et ministères.

  • Harmonisation des normes de qualité et adaptation des usages selon les caractéristiques des effluents traités.

  • Mobilisation de financements internationaux, notamment via l’AFD et l’UE, pour soutenir les collectivités locales.


Une stratégie clé dans la transition hydrique marocaine

En misant sur la réutilisation des eaux usées, le Maroc confirme sa volonté de bâtir une gestion plus résiliente et durable de l’eau. Cette approche s’intègre dans une stratégie plus large combinant interconnexions de barrages, dessalement, maîtrise de la demande, modernisation agricole et innovations technologiques.

L’ambition affichée pour 2027 marque une étape majeure dans cette transition, alors que les effets du changement climatique se font sentir avec une intensité croissante.

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