Amnistie fiscale 2024 : un frein à la croissance du cash en circulation au Maroc

El azhar Bennouna Sanaa26 novembre 2025Dernière mise à jour :
Amnistie fiscale 2024 : un frein à la croissance du cash en circulation au Maroc

La mesure exceptionnelle de la loi de Finances a accéléré les dépôts bancaires et absorbé une part importante des liquidités en espèces.

L’amnistie fiscale introduite par la loi de Finances 2024 n’a pas seulement eu un impact budgétaire : elle a modifié en profondeur le comportement des agents économiques vis-à-vis de la liquidité. Selon le Rapport annuel 2024 de Bank Al-Maghrib sur les infrastructures des marchés financiers et les moyens de paiement, cette opération a provoqué une absorption notable du cash circulant, ralentissant sa croissance tout en stimulant un afflux massif de dépôts en fin d’année.


Une absorption inédite des liquidités détenues en espèces

Bank Al-Maghrib souligne dans son rapport que l’amnistie fiscale a incité de nombreux détenteurs de liquidités informelles ou non déclarées à réintégrer le système bancaire.
Cette dynamique a permis une réduction du rythme d’augmentation du cash en circulation, traditionnellement élevé au Maroc, où l’usage des espèces reste dominant dans les transactions quotidiennes.

L’opération exceptionnelle, qui offrait la possibilité de régulariser des fonds moyennant une contribution libératoire, a ainsi joué un rôle direct dans la diminution des montants thésaurisés hors circuit.


Une fin d’année marquée par un afflux record de dépôts

En parallèle, la banque centrale note une hausse marquée des dépôts bancaires, principalement durant les derniers mois de l’année.
Cette accélération témoigne d’un mouvement massif de conversion du cash vers des dépôts formels, conséquence directe de l’amnistie et des incitations fiscales qui l’accompagnent.

L’effet cumulatif s’est ainsi traduit par :

  • une progression notable de la bancarisation,

  • un renforcement des ressources liquides des banques,

  • et une meilleure traçabilité des flux financiers.


Un impact positif, mais des défis persistants

Si l’opération apparaît comme un levier efficace pour réduire la taille de l’économie informelle, elle met également en lumière des défis structurels :

  • la dépendance persistante aux transactions en espèces ;

  • la méfiance d’une partie de la population envers les circuits bancaires ;

  • le besoin de renforcer l’inclusion financière et la digitalisation des paiements.

L’amnistie fiscale, par son caractère exceptionnel, ne peut constituer qu’un outil ponctuel. Sa réussite appelle à une stratégie durable visant à moderniser les paiements, favoriser la transparence et réduire la thésaurisation.


Un tournant pour la politique monétaire et la modernisation des paiements

La réduction de la croissance du cash en circulation offre également un avantage macroéconomique : une meilleure capacité pour Bank Al-Maghrib à suivre et anticiper les flux de liquidité.
Combinée à l’essor des moyens de paiement numériques, cette évolution pourrait contribuer à renforcer l’efficacité de la politique monétaire et à soutenir la transition vers une économie moins dépendante des espèces.

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