Huile d’olive : récolte record et baisse des prix — la filière marocaine retrouve son équilibre

El azhar Bennouna Sanaa2 décembre 2025Dernière mise à jour :
Huile d’olive : récolte record et baisse des prix — la filière marocaine retrouve son équilibre

Une campagne 2025-2026 exceptionnelle, portée par des conditions climatiques favorables et des politiques publiques renforcées

Après deux années de tension marquées par la sécheresse et la flambée des prix, la filière oléicole marocaine connaît un renouveau spectaculaire en 2025-2026. Avec plus de 2 millions de tonnes d’olives récoltées, une hausse record de 111 %, et un litre d’huile qui retombe en moyenne à 70 dirhams, le secteur sort enfin de la zone rouge. Cette embellie, soutenue par les programmes publics, la modernisation agricole et la résilience naturelle de l’olivier, pourrait marquer un tournant durable pour l’une des filières les plus stratégiques du pays.


Une production nationale en plein essor

La campagne actuelle affiche des résultats historiques : plus de 2 millions de tonnes d’olives, selon le ministère de l’Agriculture, soit une progression inédite après deux années de déficit hydrique.
L’amélioration des conditions agroclimatiques – températures hivernales plus basses, pluies régulières, meilleure floraison et nouaison – a permis un retour à la normale pour les vergers.

Cette performance se traduit par une production d’huile estimée à 200.000 tonnes, en hausse de 105 % par rapport à la campagne précédente. Le secteur retrouve ainsi une dynamique de croissance conforme aux objectifs des stratégies publiques en cours.


Baisse des prix : un soulagement pour les ménages

Le retour d’une production abondante se ressent immédiatement sur les étals :

  • 70 DH le litre en moyenne,

  • des prix variant entre 50 et 80 DH,

  • contre 100 à 120 DH les deux années précédentes.

Cette baisse de 20 % s’explique par la disponibilité du produit, mais reste dépendante de facteurs économiques (demande intérieure et exportations) et techniques (rendement en huile, teneur en matière grasse, qualité de la trituration).


Les régions phares : moteurs de la reprise

Quatre régions concentrent près de 80 % de la production nationale :

  • Fès-Meknès,

  • l’Oriental,

  • Marrakech-Safi,

  • Tanger-Tétouan-Al Hoceïma.

Elles bénéficient d’un verger largement dominé par la variété Picholine marocaine (90 % des plantations) et de programmes d’accompagnement technique, notamment ceux d’Al Moutmir dans certaines zones comme Moulay Yacoub, où les rendements ont nettement progressé.


Eau et résilience : les défis structurels de la filière

Si l’olivier demeure une culture robuste – faible besoin hydrique, système racinaire profond, adaptation au stress climatique –, la gestion de l’eau reste un enjeu majeur pour les années à venir.
Les politiques publiques ont permis :

  • la plantation de 353.000 hectares entre 2009 et 2020 grâce au Plan Maroc Vert ;

  • l’extension de la micro-irrigation, passée de 39.000 à 120.000 hectares ;

  • une stratégie Génération Green visant à atteindre 1,4 million d’hectares d’oliveraies d’ici 2030.

Cette stratégie prévoit également la réhabilitation de 100.000 hectares existants, l’essor de l’oléiculture biologique et l’amélioration des rendements dans les zones vulnérables.


Soutien renforcé aux petits producteurs

Pour consolider la filière, l’État déploie un dispositif élargi d’aides :

  • 3.600 à 5.000 DH/ha pour l’installation de nouvelles plantations ;

  • jusqu’à 100 % de subvention pour des projets collectifs de micro-irrigation ;

  • entre 30 et 50 % de soutien pour la modernisation du matériel agricole, voire 70 % dans le cadre de projets d’agrégation ;

  • 10 à 20 % de subvention pour la création ou la modernisation d’unités de trituration et de conditionnement ;

  • 2.000 DH/tonne exportée pour renforcer la présence de l’huile d’olive marocaine sur les marchés internationaux ;

  • fertilisants azotés subventionnés, avec plus de 40 % d’allègement sur le prix.

Ces mesures ciblent particulièrement les petits et moyens exploitants, principaux acteurs de la filière.


Une filière davantage structurée, certifiée et tournée vers l’export

L’encadrement qualité s’est considérablement renforcé :

  • 67 % des olives sont destinées à la trituration,

  • 23 % à la conserverie,

  • le reste en autoconsommation ou perte.

La certification joue un rôle structurant, basée sur deux cadres réglementaires :

  • les Signes distinctifs d’origine et de qualité (SDOQ),

  • la production biologique.

Les efforts de valorisation se déploient aussi par :

  • la création du label national « Huile d’olive marocaine MOO »,

  • des campagnes de communication à l’international,

  • la participation à des salons spécialisés.


Vers une filière modernisée, résiliente et compétitive

Les investissements dans la transformation, la création de bassins de traitement des margines, l’encouragement du système biphasique et la valorisation des sous-produits renforcent la durabilité écologique de la filière.
Les agropoles et infrastructures industrielles améliorent, quant à elles, l’attractivité économique et la compétitivité des opérateurs.

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