Le candidat d’extrême droite s’impose avec 58 % des voix sur un discours sécuritaire et identitaire
Le Chili a choisi un changement politique radical. Dimanche 14 décembre 2025, les électeurs ont porté à la présidence José Antonio Kast, candidat de l’extrême droite, qui a remporté le second tour de l’élection présidentielle avec 58 % des suffrages. Cette victoire, face à la candidate de gauche Jeannette Jara, marque un tournant historique et ouvre une nouvelle phase politique dans un pays encore marqué par les fractures sociales et mémorielles.
Une victoire nette au second tour
Avec 58 % des voix contre 42 % pour Jeannette Jara, José Antonio Kast s’est imposé sans ambiguïté. L’ancienne ministre du Travail et figure d’une large coalition de gauche a rapidement reconnu sa défaite, promettant une opposition “exigeante et responsable”.
Cette élection a mobilisé près de 16 millions d’électeurs, dans un scrutin où les sondages annonçaient déjà une avance confortable pour le candidat du Parti républicain. Dès le premier tour, les forces de droite, réunies, avaient totalisé environ 70 % des suffrages, révélant un profond basculement de l’électorat.
Le président le plus à droite depuis la fin de la dictature
À 59 ans, José Antonio Kast devient le président chilien le plus à droite depuis la fin de la dictature d’Augusto Pinochet en 1990. Figure ultraconservatrice, catholique pratiquant et père de neuf enfants, il a construit sa campagne autour d’un message central : rétablir l’ordre et la sécurité.
« L’espoir de vivre sans peur a gagné », a-t-il déclaré lors de son discours de victoire à Santiago, promettant d’« instaurer le respect de la loi dans toutes les régions du pays ».
Joie des partisans et premières tensions
L’annonce des résultats a donné lieu à des scènes de liesse dans plusieurs villes, notamment à Santiago, où des milliers de sympathisants ont brandi des drapeaux chiliens. Au siège de campagne de Kast, dans le quartier aisé de Las Condes, la foule a célébré pendant plusieurs heures.
Cependant, ces célébrations ont été entachées par des références controversées à Augusto Pinochet, certains partisans scandant son nom et exhibant des portraits de l’ancien dictateur. Ces images ont ravivé les blessures d’un pays où la dictature a laissé plus de 3 200 morts et disparus.
Quelques heures après sa victoire, José Antonio Kast a également été confronté à sa première manifestation, dispersée par la police sur la place Italia, symbole de la révolte sociale de 2019.
Réactions internationales contrastées
Sur la scène internationale, plusieurs dirigeants ont rapidement réagi.
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a salué une victoire fondée sur des « priorités communes », notamment la sécurité, l’immigration et les relations commerciales.
L’Argentin Javier Milei, figure ultralibérale proche de Donald Trump, s’est réjoui d’une « écrasante victoire » de son allié idéologique. À l’inverse, le président brésilien Lula da Silva a adopté un ton plus diplomatique, souhaitant simplement « beaucoup de succès » au président élu.
Sécurité et immigration au cœur du projet présidentiel
La campagne de José Antonio Kast a été dominée par la lutte contre la criminalité et la promesse d’expulser près de 340 000 migrants en situation irrégulière, majoritairement vénézuéliens. Ces thèmes ont trouvé un fort écho dans une société préoccupée par l’insécurité, malgré le fait que le Chili demeure l’un des pays les plus sûrs d’Amérique latine.
Face à lui, Jeannette Jara défendait un programme social axé sur la hausse du salaire minimum et la protection des retraites, mais ce discours a peiné à convaincre un électorat marqué par la déception envers le gouvernement sortant de gauche.
Un mandat sous haute tension
L’élection de José Antonio Kast reflète une dynamique régionale plus large, marquée par la montée de droites radicales en Amérique latine, souvent portées par les thématiques sécuritaires et le rejet des élites traditionnelles.
À court terme, son mandat pourrait se traduire par un durcissement des politiques migratoires et sécuritaires. À moyen terme, il devra toutefois composer avec une société civile vigilante, une opposition parlementaire active et un passé historique encore sensible.
Le défi du nouveau président sera de gouverner sans raviver les fractures, dans un pays où l’exigence d’ordre cohabite avec une forte aspiration à la justice sociale.
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