Le Maroc sécurise jusqu’à trois années d’eau potable : un tournant hydrique majeur

El azhar Bennouna Sanaa13 février 2026Dernière mise à jour :
Le Maroc sécurise jusqu’à trois années d’eau potable : un tournant hydrique majeur

Des pluies exceptionnelles qui rebattent les cartes

Après plusieurs années marquées par une sécheresse persistante et un stress hydrique structurel, le Maroc connaît un basculement spectaculaire de sa situation hydrique. Les précipitations enregistrées depuis décembre ont profondément modifié l’état des réserves nationales.

À l’issue du Conseil de gouvernement du 11 février, le ministre de l’Équipement et de l’Eau, Nizar Baraka, a présenté des chiffres sans précédent : plus de 12 milliards de mètres cubes d’eau ont afflué vers les barrages depuis le 1er septembre 2025, soit 134 % de la moyenne habituelle.

En l’espace de deux mois, l’essentiel des apports annuels a été enregistré, propulsant le taux de remplissage national de 31,1 % mi-décembre à 69,35 % début février — un niveau inédit depuis 2018.

Un soulagement indéniable, mais qui appelle aussi à une gestion rigoureuse.


Des barrages sous pression, mais maîtrisés

Parmi les ouvrages les plus sollicités figurent Barrage Oued El Makhazine et Barrage Al Wahda, ce dernier étant le plus grand du Royaume.

Le barrage Oued El Makhazine a reçu près de 1,462 milliard de m³ d’apports depuis septembre, avec des pics de débit atteignant plus de 3.000 m³ par seconde fin janvier. Son volume stocké dépasse aujourd’hui le milliard de mètres cubes.

De son côté, Al Wahda a enregistré 3,48 milliards de m³ d’apports. Son taux de remplissage a frôlé les 95 %, avec un apport exceptionnel concentré sur une seule semaine. Des lâchers préventifs importants ont été effectués pour préserver les infrastructures et limiter les risques en aval.

À l’échelle nationale, plus de 4,2 milliards de m³ ont été évacués de manière contrôlée dans les barrages ayant atteint leur capacité maximale. Une gestion anticipative qui a permis d’éviter des scénarios plus graves, même si certaines zones basses ont connu des inondations, notamment dans les régions du Gharb et du Loukkos.


Une sécurité hydrique renforcée pour plusieurs années

Les réserves actuelles permettent désormais d’envisager une sécurisation de l’approvisionnement en eau potable d’au moins un an pour les réseaux les plus vulnérables, et jusqu’à deux ans — voire davantage selon certaines projections — pour d’autres régions.

Plusieurs bassins affichent des niveaux particulièrement élevés :

  • Le Sebou dépasse 91 % de remplissage

  • Le Loukkos approche les 93 %

  • Au total, 31 barrages affichent un taux supérieur à 80 %

Au-delà de l’eau potable, les retombées sont multiples. La production hydroélectrique bénéficie de volumes conséquents, avec plus d’un milliard et demi de m³ mobilisés pour l’énergie renouvelable. Les lâchers d’eau ont également contribué à limiter l’envasement des ouvrages, un entretien devenu difficile durant les années de sécheresse.

Les nappes phréatiques montrent par ailleurs des signes encourageants de recharge dans plusieurs bassins, dont le Sebou, la Moulouya et l’Oum Er-Rbia, ce qui pourrait soutenir la prochaine campagne agricole et réduire la pression sur les ressources souterraines.


Infrastructures routières : un réseau éprouvé

Si les barrages ont bénéficié de ces pluies abondantes, les infrastructures routières ont, elles, subi des dommages significatifs.

Au total, 168 tronçons ont été touchés à travers le pays. À ce jour, 124 ont pu être rouverts à la circulation, tandis que 44 restent temporairement fermés.

Les régions les plus affectées incluent :

  • Tanger-Tétouan-Al Hoceima

  • Rabat-Salé-Kénitra

  • Fès-Meknès

  • Marrakech-Safi

  • Souss-Massa

  • Casablanca-Settat

  • Béni Mellal-Khénifra

  • L’Oriental

La majorité des coupures résulte de la montée des eaux, tandis que d’autres sont liées à des éboulements et glissements de terrain. Plusieurs ouvrages d’art, notamment en milieu rural, ont été endommagés.

Un bilan exhaustif des dégâts est attendu dans les prochains jours, alors que les services techniques poursuivent les opérations de sécurisation et d’évaluation.


Une épreuve transformée en test de résilience

Du bassin du Loukkos à celui du Sebou, cette séquence hydrique exceptionnelle aura constitué un test grandeur nature. Alertes, évacuations, gestion des barrages, coordination des secours : la mobilisation institutionnelle s’est accompagnée d’un élan de solidarité citoyenne salué par les autorités.

Au-delà des chiffres, un enseignement s’impose : la gestion de l’eau n’est pas seulement une question technique. Elle est au cœur de la souveraineté alimentaire, énergétique et sociale du pays.

Si ces précipitations offrent un répit précieux, elles rappellent aussi que la gestion durable de la ressource demeure un impératif stratégique dans un contexte climatique incertain.

Le Maroc respire. Mais il avance, conscient que l’équilibre hydrique reste un défi permanent.

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