À Rabat, scientifiques, industriels et experts internationaux réfléchissent aux défis stratégiques du stockage de l’énergie et aux opportunités d’avenir pour le Royaume
Alors que le monde accélère sa transition vers les énergies propres et la mobilité électrique, la question du stockage de l’énergie devient l’un des grands enjeux technologiques du XXIe siècle. À Rabat, la 19e session plénière de Académie Hassan II des Sciences et Techniques place le Maroc au cœur de cette réflexion mondiale autour des batteries électriques, considérées désormais comme des piliers essentiels des économies de demain.
Réunissant chercheurs, académiciens, industriels et décideurs publics marocains et étrangers, cette rencontre scientifique entend analyser les avancées récentes dans les technologies des batteries tout en identifiant les perspectives stratégiques qui s’ouvrent au Royaume dans un contexte international marqué par la montée en puissance des véhicules électriques, des réseaux intelligents et des énergies renouvelables.
Les batteries, nouveau cœur des systèmes énergétiques modernes
Pendant longtemps, la transition énergétique s’est concentrée principalement sur la production d’électricité à partir de sources renouvelables comme le solaire ou l’éolien. Désormais, le véritable défi réside dans la capacité à stocker efficacement cette énergie pour garantir stabilité, continuité et sécurité des réseaux.
Les batteries apparaissent aujourd’hui comme l’un des maillons les plus stratégiques de cette transformation mondiale.
À l’ouverture de cette session, Omar Fassi-Fihri a rappelé que les technologies de stockage énergétique jouent un rôle décisif dans la résilience des systèmes énergétiques modernes, notamment face à l’intermittence des énergies renouvelables.
Cette problématique devient centrale à mesure que les États cherchent à réduire leur dépendance aux énergies fossiles et à atteindre leurs objectifs climatiques.
Le Maroc veut transformer ses ressources naturelles en avantage stratégique
Le Royaume dispose d’atouts importants dans la course mondiale à la transition énergétique. Avec un potentiel éolien estimé à 25.000 mégawatts et plus de 3.000 heures d’ensoleillement par an, le Maroc figure parmi les pays les mieux positionnés dans le domaine des énergies renouvelables.
L’objectif national d’atteindre 52 % de puissance électrique d’origine renouvelable à l’horizon 2030 illustre cette ambition.
Mais au-delà de la production énergétique, le Maroc cherche désormais à développer une véritable souveraineté technologique autour des métiers de l’énergie, de l’innovation industrielle et du stockage électrique.
Dans cette logique, les batteries ne sont plus seulement des outils techniques. Elles deviennent des instruments stratégiques liés à l’indépendance énergétique, à la compétitivité industrielle et à la maîtrise des technologies du futur.
Le défi mondial du véhicule électrique
Parmi les sujets majeurs abordés lors de cette session figure également l’évolution rapide du marché mondial des véhicules électriques.
Selon Khalil Amine, le principal obstacle au déploiement massif de cette mobilité nouvelle génération reste la performance des systèmes de stockage énergétique.
Les constructeurs cherchent aujourd’hui des batteries capables d’offrir simultanément autonomie, sécurité, rapidité de recharge, durabilité et coûts accessibles.
Le défi scientifique est immense : améliorer la densité énergétique tout en garantissant une meilleure sécurité des matériaux et un recyclage plus efficace.
Cette course mondiale à l’innovation technologique ouvre d’importantes opportunités industrielles pour les pays capables d’investir rapidement dans la recherche, la formation et les chaînes de valeur liées aux batteries.
Innovation, intelligence artificielle et recyclage : les nouveaux fronts industriels
La réflexion menée à Rabat dépasse largement la seule dimension énergétique. Elle touche également à des enjeux industriels, environnementaux et géopolitiques majeurs.
Sécurité des batteries, accès aux matières premières, recyclage, réduction de l’empreinte carbone et utilisation de l’intelligence artificielle dans la gestion énergétique figurent parmi les grands axes de cette session.
Le développement de filières industrielles capables de produire, recycler et optimiser les batteries représente aujourd’hui un marché stratégique mondial où se jouent les équilibres économiques de demain.
Le Maroc semble vouloir anticiper cette mutation en renforçant progressivement ses capacités scientifiques, industrielles et technologiques.
La science au service du développement national
Cette 19e session plénière s’inscrit également dans le prolongement du vingtième anniversaire de l’installation de Académie Hassan II des Sciences et Techniques par Sa Majesté le Roi Mohammed VI.
Au fil des années, cette institution est devenue un espace de réflexion stratégique sur les grands défis scientifiques et technologiques du Royaume.
À travers cette rencontre consacrée aux batteries et à la transition énergétique, le Maroc envoie un signal clair : l’avenir économique ne se construira plus uniquement autour des ressources naturelles traditionnelles, mais autour de la connaissance, de l’innovation et de la maîtrise des technologies émergentes.
Dans un monde en pleine mutation énergétique, les pays capables d’investir dans la science et l’intelligence technologique pourraient devenir les véritables puissances industrielles de demain.
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