À la Chambre des conseillers, le débat autour du projet de loi relatif aux régions a remis au centre des priorités la question de l’équité territoriale, de l’efficacité institutionnelle et du rôle stratégique des régions dans le développement du Royaume. Une réforme qui pourrait redéfinir durablement la gouvernance locale au Maroc.
Le chantier de la régionalisation avancée entre dans une nouvelle phase de réflexion. Réunis mercredi à la Chambre des conseillers, parlementaires et responsables gouvernementaux ont longuement débattu du projet de loi organique relatif aux régions, avec une ambition clairement affichée : rendre les collectivités territoriales plus efficaces, plus autonomes et mieux armées face aux inégalités territoriales persistantes.
Au cœur des discussions, une question majeure : comment permettre aux régions marocaines de devenir de véritables moteurs de développement tout en réduisant les écarts qui continuent de séparer certains territoires en matière d’investissement, d’infrastructures et d’opportunités économiques.
Lors de cette réunion de la Commission de l’Intérieur, des régions, des collectivités territoriales et des infrastructures, présidée en présence du ministre de l’Intérieur Abdelouafi Laftit, plusieurs intervenants ont insisté sur la nécessité de clarifier les compétences des régions afin d’éviter les chevauchements institutionnels observés depuis le lancement de la régionalisation avancée en 2015.
Une décennie d’expérience et des limites désormais reconnues
Dix ans après le début de cette réforme territoriale majeure, le constat dressé par plusieurs responsables est lucide : le modèle actuel a permis des avancées importantes, mais il a également révélé plusieurs limites structurelles.
Le ministre Abdelouafi Laftit a reconnu que de nombreuses compétences attribuées aux régions manquaient jusqu’ici de précision et de cohérence, compliquant leur application concrète sur le terrain.
Cette difficulté concerne notamment des secteurs stratégiques comme les transports ou la formation professionnelle, où les frontières entre les responsabilités de l’État, des régions, des communes et des préfectures restent parfois floues.
L’enjeu dépasse la simple question administrative. Derrière ces ajustements institutionnels se joue en réalité la capacité des territoires à agir rapidement, à attirer les investissements et à répondre efficacement aux besoins locaux.
Vers une gouvernance territoriale plus équilibrée
Au fil des échanges, plusieurs conseillers ont plaidé pour une régionalisation plus ambitieuse, capable de dépasser les déséquilibres historiques entre les différentes régions du Royaume.
Mohamed Ben Fkih a notamment salué les nouvelles dispositions liées au développement économique régional, en particulier celles portant sur la mobilisation du foncier, le soutien à l’entrepreneuriat et la création de zones économiques.
Pour de nombreux élus, le développement territorial ne peut plus se limiter aux infrastructures classiques. Les régions sont désormais appelées à jouer un rôle central dans l’innovation économique, le numérique, l’énergie, la gestion de l’eau ou encore la valorisation du patrimoine culturel local.
Cette évolution traduit une transformation profonde de la vision du développement territorial au Maroc : les régions ne sont plus perçues uniquement comme des espaces administratifs, mais comme des écosystèmes économiques et humains capables de construire leurs propres dynamiques de croissance.
La question sensible des disparités régionales
L’un des sujets les plus marquants du débat reste toutefois celui des inégalités territoriales.
Plusieurs intervenants ont alerté sur l’existence d’un développement à “deux vitesses” entre les régions les plus attractives et celles qui continuent de souffrir d’un déficit d’investissement, d’accès au foncier ou d’infrastructures structurantes.
Le président de la commission parlementaire, Moulay Abderrahmane Blila, a évoqué la possibilité de créer un fonds spécial destiné à soutenir les régions les moins favorisées afin de renforcer la justice spatiale.
Cette notion de justice territoriale devient progressivement centrale dans les débats publics marocains. Elle renvoie à une question fondamentale : comment garantir à chaque territoire les moyens de son développement sans creuser davantage les écarts entre centres urbains dynamiques et régions plus fragiles.
Le défi du passage du texte à l’action
Si les ambitions affichées sont importantes, plusieurs responsables reconnaissent que le véritable défi reste celui de l’application concrète des réformes.
Le transfert des compétences vers les régions ne peut produire d’effets sans transfert parallèle des ressources humaines, des moyens financiers et des outils de gouvernance nécessaires.
Dans cette perspective, le gouvernement souhaite renforcer progressivement les capacités des régions tout en développant de nouveaux mécanismes de partenariat entre l’État central et les collectivités territoriales.
Cette approche graduelle reflète une volonté de consolider les bases institutionnelles avant d’élargir davantage les prérogatives régionales.
Au-delà des aspects techniques, le débat actuel révèle surtout une conviction de plus en plus partagée : le développement du Maroc de demain passera largement par la capacité de ses territoires à devenir plus autonomes, plus innovants et plus inclusifs.
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