Le Parlement français a définitivement adopté une nouvelle loi de programmation militaire (LPM) prévoyant un budget de 436 milliards d’euros pour les armées d’ici à 2030. Approuvé successivement par le Sénat puis par l’Assemblée nationale, le texte vise à adapter les capacités de défense du pays à un contexte international marqué par les conflits en Ukraine et au Moyen-Orient, ainsi que par la montée des menaces hybrides, cybernétiques et spatiales.
À l’Assemblée nationale, le projet de loi a été adopté par 375 voix contre 113, bénéficiant d’un large soutien, même si plusieurs élus ont exprimé des réserves sur l’ampleur de l’effort financier et les modalités de son financement. Comme chaque année, la mise en œuvre de cette trajectoire budgétaire devra être confirmée lors des débats sur les lois de finances, ce qui laisse la possibilité d’éventuels ajustements.
Cette nouvelle programmation ne modifie pas le format des forces armées françaises, mais prévoit un renforcement des investissements dans les capacités devenues stratégiques à la lumière des conflits récents. L’accent sera notamment mis sur le développement des drones, le renforcement des stocks de missiles et de munitions, ainsi que sur la modernisation des équipements militaires.
La ministre des Armées, Catherine Vautrin, a défendu cette réforme en soulignant que l’évolution du contexte sécuritaire imposait une adaptation des moyens de défense. Elle a rappelé que le retour de la guerre de haute intensité en Europe et la multiplication des menaces hybrides rendaient indispensable un effort d’investissement supplémentaire.
Avant son adoption définitive, le texte avait suscité des tensions au Sénat, où la majorité de droite avait supprimé son article principal afin de réclamer un budget plus ambitieux. Un compromis a finalement été trouvé entre députés et sénateurs, avec l’anticipation d’une partie des dépenses initialement prévues pour 2029 et 2030 vers l’année 2028, ainsi que la préservation de certains financements liés aux opérations extérieures et au renouvellement des matériels.
Sur le plan politique, la majorité présidentielle, le Rassemblement national, les députés du groupe LIOT et les socialistes ont soutenu le projet. Ces derniers ont toutefois demandé davantage de précisions sur le financement des 36 milliards d’euros supplémentaires, estimant que l’équilibre budgétaire devait être clarifié.
En revanche, les groupes de gauche, dont La France insoumise, les écologistes et les communistes, ont voté contre le texte. Ils contestent notamment la création d’un nouvel « état d’alerte de sécurité nationale », un dispositif exceptionnel permettant au gouvernement de déroger temporairement à certaines règles environnementales ou d’urbanisme afin d’accélérer des projets liés à la défense.
La loi introduit également plusieurs nouvelles mesures, notamment l’autorisation pour certains opérateurs privés, comme les aéroports, d’utiliser des dispositifs de lutte contre les drones, ainsi que la transformation de la Journée Défense et Citoyenneté en Journée de mobilisation, davantage centrée sur la sensibilisation aux enjeux de la défense nationale. Un nouveau service national militaire et volontaire est également instauré.
Cette adoption constitue une étape importante pour le président Emmanuel Macron, qui souhaitait voir cette réforme entérinée avant son traditionnel discours aux armées du 13 juillet. La prochaine élection présidentielle pourrait toutefois conduire le futur chef de l’État à proposer une nouvelle trajectoire budgétaire en matière de défense.
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