Nigeria : Les naufrages meurtriers se multiplient, révélant les failles de la sécurité fluviale

MOHAMED YAZID BENNOUNA20 juillet 2026Dernière mise à jour :
Nigeria : Les naufrages meurtriers se multiplient, révélant les failles de la sécurité fluviale

Les accidents de bateaux continuent de faire des dizaines de victimes au Nigeria, où le transport fluvial demeure indispensable pour des millions d’habitants vivant dans les zones rurales. Le dernier drame s’est produit dimanche dans l’État de Jigawa, lorsqu’une pirogue en bois transportant une quarantaine de personnes, principalement des agricultrices et des ouvrières, a chaviré. Le bilan provisoire fait état de neuf morts, tandis que 23 passagers ont pu être secourus.

Cette tragédie s’inscrit dans une longue série d’accidents similaires. En seulement quelques mois, plus de 55 personnes ont perdu la vie dans des naufrages à travers le pays, tandis que plusieurs victimes restent toujours portées disparues.

Dans de nombreuses régions du Nigeria, les rivières constituent le principal moyen de transport en raison du manque d’infrastructures routières et de ponts. Les habitants utilisent quotidiennement de vieilles embarcations en bois pour rejoindre les marchés, les écoles ou leurs proches, malgré des conditions de sécurité souvent insuffisantes.

Les causes de ces accidents sont désormais bien connues : surcharge des embarcations, mauvais état des bateaux, absence de gilets de sauvetage et faible application des règles de sécurité. Après chaque catastrophe, les autorités promettent de renforcer les contrôles, mais les mesures annoncées restent rarement appliquées sur le terrain.

À Shiroro, dans l’État du Niger, le responsable traditionnel chargé de la sécurité fluviale déplore un manque chronique d’équipements. Selon lui, certaines embarcations transportent plus d’une centaine de passagers alors qu’elles ne disposent que d’une dizaine de gilets de sauvetage, rendant impossible le respect des règles de sécurité.

Les spécialistes dénoncent également l’absence de formation de nombreux conducteurs de bateaux, souvent dépourvus de licence officielle, ainsi que le mauvais entretien des voies navigables, encombrées par des troncs d’arbres immergés susceptibles de provoquer des collisions.

Le gouvernement fédéral a pourtant rendu obligatoire le port du gilet de sauvetage et annoncé son intention de remplacer progressivement les embarcations en bois par des bateaux en fibre ou en aluminium, jugés plus sûrs. Toutefois, ces réformes peinent à se concrétiser dans la majorité des États.

À l’inverse, l’État de Lagos fait figure d’exception. Grâce à la modernisation de sa flotte, à la distribution massive de gilets de sauvetage, au dragage des voies navigables, au renforcement des contrôles et à la formation des opérateurs, le nombre d’accidents mortels y a fortement diminué ces dernières années.

Pour les experts, cette réussite démontre qu’une amélioration durable de la sécurité fluviale est possible, à condition d’appliquer strictement les réglementations existantes et d’investir dans des infrastructures modernes afin d’éviter que ces tragédies ne continuent de se répéter.

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