À Kingsport, dans le Tennessee, la guerre menée par les États-Unis contre l’Iran prend une dimension particulière. Cette ville de 58.000 habitants abrite l’usine Holston Army Ammunition Plant, l’un des principaux sites américains de production de composants explosifs destinés notamment aux missiles Patriot et à d’autres systèmes d’armement.
Dans cette communauté très conservatrice du « Bible Belt », le soutien à Donald Trump reste particulièrement fort malgré la hausse du prix de l’essence et des produits alimentaires provoquée par le conflit.
Une ville qui soutient largement l’intervention militaire
Kingsport a massivement voté pour Donald Trump lors de ses trois candidatures présidentielles. Pour une grande partie de ses habitants, l’intervention contre l’Iran reste justifiée par la volonté d’empêcher Téhéran d’acquérir l’arme nucléaire.
Pam Robinson, 65 ans, ancienne employée d’une usine chimique locale et électrice indépendante, estime ainsi que si Trump peut empêcher un pays d’obtenir une bombe nucléaire, son action est justifiée.
D’autres habitants se montrent encore plus favorables à l’intervention militaire. James Camper, ancien militaire de 63 ans, affirme qu’il faudrait aller jusqu’au bout du conflit, tandis que David Carter, vétéran et chrétien pratiquant, considère que l’objectif est notamment d’empêcher que la menace nucléaire américaine ou iranienne ne se rapproche du territoire des États-Unis.
Cette attitude s’explique aussi par la présence importante des militaires et des anciens combattants dans la région. Les vétérans représentent environ 10 % de la population locale et de nombreuses familles comptent également des militaires en activité.
Une industrie locale liée directement à la guerre
L’usine Holston joue un rôle stratégique dans l’effort militaire américain. Elle emploie environ 1.000 personnes et constitue notamment l’unique fournisseur national de certains composants essentiels utilisés dans les explosifs et les propulseurs.
Pour les habitants, le conflit représente donc à la fois une question de politique étrangère et une réalité économique locale.
Daniel Overstreet, 53 ans, estime que l’usine continuera de fonctionner, que les États-Unis soient en guerre ou non. Il reste également favorable à Donald Trump, considérant que le président fait du bon travail malgré les difficultés économiques.
L’inflation ne suffit pas à faire basculer les électeurs
La hausse du prix de l’essence et des produits alimentaires inquiète pourtant les habitants. Le conflit avec l’Iran a contribué à faire grimper le prix de l’essence aux États-Unis à plus de quatre dollars le gallon.
Mais beaucoup d’électeurs de Kingsport ne tiennent pas directement Trump responsable de cette situation.
Pour certains, le président serait limité par le Congrès et le Sénat. D’autres estiment qu’il est mal conseillé ou qu’il doit simplement améliorer certains aspects de sa politique.
Cette fidélité contraste avec la baisse de popularité enregistrée au niveau national, où Trump connaît des difficultés auprès d’une partie des électeurs républicains traditionnels et des indépendants.
La religion reste un facteur politique majeur
Dans cette ville où les églises sont omniprésentes, les convictions religieuses jouent un rôle important dans les choix électoraux.
L’avortement constitue notamment l’une des principales lignes rouges pour de nombreux électeurs. L’opposition au socialisme et aux politiques considérées comme « woke » renforce également la fidélité à la droite républicaine.
L’évangéliste William Bogle, 75 ans, qui a toujours voté pour Trump, reconnaît que le président est imparfait mais estime qu’il reste la meilleure option politique.
Pour lui, les convictions morales passent avant les désaccords sur certaines politiques économiques.
Une opposition progressiste encore minoritaire
Les voix plus libérales existent à Kingsport, mais elles restent largement minoritaires.
Adam Teague, 44 ans, démocrate et ouvertement homosexuel, explique avoir réduit les signes visibles de son identité politique et personnelle depuis l’arrivée de Trump au pouvoir, afin de se sentir davantage en sécurité dans son environnement.
Parallèlement, certains jeunes habitants commencent à prendre leurs distances avec le président.
Mary Herron, 21 ans, affirme avoir remarqué que certains jeunes qui avaient voté pour Trump commencent désormais à regretter leur choix. Avec ses amis Emily Villalpando et Caden Bayless, elle cite notamment les droits des femmes, l’économie et les politiques migratoires parmi leurs principales préoccupations.
Mais ces jeunes électeurs reconnaissent eux-mêmes qu’un changement politique majeur reste difficile dans une région aussi solidement républicaine.
« Si vous n’êtes pas conservateur, ne venez pas ici »
Cette division générationnelle illustre les changements qui commencent à apparaître dans une ville où la droite domine encore largement la vie politique.
Lors des dernières élections locales, un seul candidat démocrate figurait sur le bulletin dans plusieurs secteurs, tandis que plusieurs sièges étaient disputés uniquement entre républicains ou sans véritable opposition.
Pourtant, malgré les critiques croissantes sur le coût de la vie et la guerre en Iran, le noyau dur de l’électorat de Donald Trump reste fidèle.
Dans cette ville du Tennessee, la politique demeure ainsi étroitement liée à la religion, aux valeurs conservatrices et à une industrie militaire dont l’activité est directement alimentée par les tensions internationales.
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