Au moins 30 enfants, dont une majorité seraient britanniques, pourraient avoir été conçus grâce à des traitements de fécondation in vitro (FIV) à Chypre du Nord avec du sperme ou des ovocytes provenant de donneurs différents de ceux sélectionnés par leurs parents, selon une enquête de la BBC.
Les familles concernées affirment avoir choisi leurs donneurs sur la base de critères précis, notamment leurs antécédents médicaux, leur apparence, leur personnalité, leur niveau d’éducation et leurs centres d’intérêt. Plusieurs parents ont commencé à avoir des doutes après la naissance de leurs enfants.
La moitié des 30 cas identifiés sont liés au Dogus IVF Centre. Onze enfants ont depuis effectué des tests ADN commerciaux, dont les résultats indiqueraient une ascendance génétique provenant de Turquie ou de régions voisines, alors que leurs parents pensaient avoir sélectionné des donneurs d’Europe occidentale.
L’une des mères, Rachel, affirme notamment avoir découvert après 13 ans que le donneur de sperme qu’elle avait choisi au Danemark n’aurait probablement pas été utilisé pour son traitement. Elle avait sélectionné un donneur auprès de Cryos International, la plus grande banque de sperme au monde.
Après avoir été interrogée par la BBC, Cryos a indiqué ne disposer d’aucune trace d’une livraison de sperme à la clinique Dogus. La banque affirme également avoir placé la clinique sur liste noire dès 2016 après avoir constaté un problème concernant une commande de sperme qui n’aurait pas été effectuée comme prévu.
Plusieurs professionnels britanniques de la fertilité estiment qu’un nombre aussi important de cas pourrait dépasser le cadre d’une simple erreur médicale. La British Fertility Society évoque notamment la possibilité d’un problème systémique pouvant relever de la négligence ou d’une tromperie.
Trois personnes sont particulièrement citées dans les dossiers liés à Dogus : le propriétaire de la clinique, Dr Sevket Alpturk, la médecin Dr Firdevs Uguz Tip, ainsi que l’ancienne coordinatrice de patients Julie Hodson. Alpturk et Hodson n’ont pas répondu aux questions de la BBC. Firdevs, de son côté, nie avoir trompé les patients et affirme avoir toujours respecté la loi.
L’affaire concerne également d’autres cliniques où Firdevs a travaillé, notamment Miracle IVF, qu’elle dirige actuellement. Cryos a annoncé avoir suspendu sa collaboration avec cette clinique dans l’attente des conclusions de l’enquête menée par les autorités de Chypre du Nord.
Le territoire, qui n’est reconnu internationalement que par la Turquie et où les règles de l’Union européenne ne s’appliquent pas, est devenu une destination populaire pour les Britanniques recherchant des traitements de fertilité à l’étranger. Les autorités britanniques ont récemment renforcé leurs recommandations, avertissant que les traitements de fertilité à Chypre du Nord comportent des risques liés notamment au manque de réglementation.
Pour les familles concernées, l’enjeu dépasse toutefois la question médicale. Certains parents craignent que leurs enfants aient perdu la possibilité de connaître leur véritable donneur, son histoire médicale ou d’éventuels frères et sœurs génétiques.
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