Risque de choc sur le yen : le Maroc exposé indirectement au « carry trade »

MOHAMED YAZID BENNOUNA26 août 2026Dernière mise à jour :
Risque de choc sur le yen : le Maroc exposé indirectement au « carry trade »

Une éventuelle remontée rapide du yen japonais pourrait provoquer un mouvement de débouclage massif sur les marchés financiers internationaux et avoir des répercussions indirectes sur l’économie marocaine. Si le Royaume reste relativement protégé grâce à plusieurs mécanismes d’amortissement, une forte appréciation du yen pourrait notamment renforcer le dollar et exercer une pression sur la facture des importations.

Comment fonctionne le « carry trade » ?

Le carry trade consiste pour les investisseurs à emprunter dans une monnaie offrant des taux d’intérêt faibles, comme le yen, afin de placer ces fonds dans des actifs offrant des rendements plus élevés ailleurs.

Cette stratégie reste rentable tant que le yen demeure faible ou relativement stable. Mais une appréciation rapide de la monnaie japonaise peut modifier brutalement l’équation.

Les investisseurs doivent alors racheter des yens pour rembourser leurs emprunts. Pour obtenir les liquidités nécessaires, ils peuvent être contraints de vendre rapidement des actifs détenus sur d’autres marchés, provoquant une pression généralisée sur les prix.

Un risque de contagion mondiale

Un débouclage massif des positions financées en yen pourrait toucher différents segments des marchés internationaux, notamment les actions technologiques américaines, les obligations des marchés émergents, les devises à rendement élevé et les crypto-actifs.

Le phénomène pourrait s’amplifier si les ventes forcées entraînaient de nouveaux appels de marge et accentuaient les besoins de liquidités.

Dans un scénario extrême, cette dynamique pourrait provoquer un resserrement des conditions de financement et accroître la volatilité sur les marchés mondiaux.

À ce stade, le scénario d’un ajustement progressif apparaît toutefois plus probable qu’un choc brutal. Une normalisation graduelle de la politique monétaire japonaise, accompagnée d’un assouplissement prudent de la politique américaine, permettrait notamment de limiter les risques de déséquilibre.

Pourquoi le Maroc pourrait être concerné

L’exposition du Maroc à ce phénomène resterait principalement indirecte. Le principal canal de transmission serait le dollar américain.

Le panier de cotation du dirham étant composé à 60 % d’euros et à 40 % de dollars, une appréciation importante du billet vert pourrait modifier les conditions de change auxquelles sont confrontés les importateurs marocains.

Une hausse du dollar renchérirait notamment les produits facturés dans cette monnaie, dont une partie des approvisionnements énergétiques et des matières premières, avec un risque de pression supplémentaire sur la balance commerciale.

Des amortisseurs pour limiter le choc

Le Maroc dispose néanmoins de plusieurs instruments susceptibles de limiter l’impact d’une éventuelle turbulence internationale.

La bande de fluctuation du dirham, fixée à ±5 %, offre une marge d’ajustement à la Banque centrale. Le Royaume bénéficie également de réserves de change importantes, d’un accès à la Ligne de crédit modulable du FMI et d’un encadrement des mouvements de capitaux.

La structure de la dette publique constitue également un facteur de protection, celle-ci étant largement détenue sur le marché intérieur.

Ces différents éléments ne mettent pas le Maroc à l’abri d’une crise financière mondiale, mais ils peuvent contribuer à amortir les effets d’une forte volatilité des marchés internationaux.

Une menace à surveiller

Le risque lié au carry trade rappelle surtout à quel point les marchés financiers sont désormais interconnectés. Une évolution monétaire au Japon peut ainsi provoquer des mouvements de capitaux susceptibles de se transmettre progressivement à d’autres économies.

Pour le Maroc, le principal enjeu serait moins une exposition directe au yen qu’une éventuelle appréciation du dollar, accompagnée d’une hausse du coût des importations et d’une dégradation des conditions financières internationales.

Le scénario d’un choc mondial demeure incertain, mais l’évolution du yen et des écarts de taux entre les grandes économies constitue désormais un indicateur à surveiller attentivement.

Loading

Laisser un avis

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *


Termes des commentaires :

Derniers articles