L’intelligence artificielle pourrait, à terme, contribuer à résoudre certains des problèmes médicaux les plus complexes, notamment dans la recherche contre le cancer. Mais le développement rapide de cette technologie est aujourd’hui confronté à un obstacle majeur : la pénurie de puces électroniques nécessaires aux infrastructures d’IA.
C’est ce qu’a estimé Rene Haas, directeur général d’Arm Holdings, l’un des principaux concepteurs mondiaux de technologies de processeurs, qui considère que l’IA pourrait permettre de découvrir des traitements contre le cancer que les scientifiques humains ne parviendraient pas à développer au cours de leur vie.
L’IA face à la complexité du cancer
Rene Haas estime que les capacités actuelles des ordinateurs restent insuffisantes pour modéliser avec précision certains mécanismes biologiques complexes.
Il cite notamment la modélisation d’une cellule ou d’un organisme humain, ainsi que l’étude de l’impact d’un marqueur génétique sur le développement d’un cancer.
Selon lui, l’augmentation de la puissance informatique et l’amélioration des modèles d’IA permettront progressivement de traiter ces problèmes à une échelle aujourd’hui difficilement envisageable.
Des chercheurs spécialisés dans le cancer soulignent toutefois que les progrès médicaux dépendront autant de la qualité des données utilisées pour entraîner les systèmes d’IA que de leur puissance informatique.
L’utilisation de données issues directement d’échantillons de patients pourrait notamment permettre d’accélérer la mise au point de nouveaux traitements et de réduire plusieurs années de recherche.
Des robots humanoïdes dans les prochaines années
Au-delà de la médecine, Rene Haas prévoit également une progression rapide des robots humanoïdes alimentés par l’IA.
Selon lui, ces machines pourraient se généraliser dans les prochaines années et être utilisées dans des secteurs aussi variés que l’industrie, le nettoyage, la sécurité, la construction ou encore la maintenance.
Grâce à l’IA, ces robots seraient capables d’observer leur environnement, d’apprendre de nouvelles tâches et d’adapter leur comportement sans nécessiter une reprogrammation complète à chaque changement de fonction.
La menace sur l’emploi serait-elle surestimée ?
Le dirigeant d’Arm se montre également relativement optimiste concernant l’impact de l’IA sur le marché du travail.
S’il reconnaît que certaines professions et certaines tâches seront profondément transformées, il estime que les prévisions annonçant la disparition massive et définitive des emplois au profit des machines sont exagérées.
Selon lui, les nouvelles technologies pourraient parallèlement créer de nouvelles opportunités et de nouvelles activités professionnelles.
Il considère également que les craintes concernant une éventuelle correction brutale de la valorisation des entreprises spécialisées dans l’IA sont excessives, compte tenu de la demande à long terme pour ces technologies.
Une industrie de l’IA limitée par les puces
Le développement des infrastructures d’intelligence artificielle se heurte cependant à des contraintes matérielles importantes.
Arm estime que ses technologies à faible consommation d’énergie sont désormais utilisées dans environ la moitié des centres de données dédiés à l’IA dans le monde.
L’entreprise s’est également lancée dans la conception de ses propres puces. Le groupe Meta lui a notamment demandé de développer une puce destinée aux applications d’IA générative, pour laquelle la demande aurait dépassé 2 milliards de dollars depuis son lancement en mars.
Mais la disponibilité des composants reste un facteur limitant pour la construction de nouveaux centres de données.
Des projets géants nécessitant plusieurs gigawatts de puissance sont notamment envisagés aux États-Unis et en France, tandis que certains acteurs étudient même la possibilité d’installer des infrastructures informatiques dans l’espace.
Pour Rene Haas, l’industrie doit d’abord augmenter ses capacités de production de semi-conducteurs avant de pouvoir répondre à une telle demande.
Arm ne croit pas à une relocalisation massive des usines au Royaume-Uni
Malgré les discussions engagées par le gouvernement britannique sur le renforcement de la production nationale de semi-conducteurs, le patron d’Arm se montre sceptique quant à la nécessité de construire de nouvelles grandes usines de fabrication de puces au Royaume-Uni.
Il souligne le coût très élevé de ces infrastructures, ainsi que leurs besoins importants en main-d’œuvre spécialisée, en ressources naturelles et en infrastructures industrielles.
La fabrication mondiale de puces reste fortement concentrée en Asie, notamment autour du géant taïwanais TSMC, qui occupe une place centrale dans les chaînes d’approvisionnement mondiales.
Arm reste profondément implanté au Royaume-Uni
Arm, dont la technologie équipe des centaines de milliards de smartphones, véhicules, montres connectées et autres appareils à travers le monde, reste néanmoins fortement implanté au Royaume-Uni.
Malgré son rachat par le groupe japonais SoftBank en 2016 et son introduction en Bourse sur le Nasdaq à New York, environ la moitié des employés d’Arm travaillent toujours au Royaume-Uni.
Rene Haas affirme également que l’entreprise demeure de loin l’un des principaux employeurs de Cambridge, confirmant l’importance stratégique d’Arm pour l’écosystème technologique britannique
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