Paiements instantanés : le Maroc veut accélérer l’adoption des solutions électroniques

MOHAMED YAZID BENNOUNA25 septembre 2026Dernière mise à jour :
Paiements instantanés : le Maroc veut accélérer l’adoption des solutions électroniques

L’accélération de l’utilisation des moyens de paiement électroniques constitue désormais l’un des principaux défis du marché marocain des paiements instantanés. C’est ce qui ressort des échanges tenus jeudi à Rabat lors de la 11e édition des « MFC Talks », organisée par le Moroccan Fintech Center (MFC) en partenariat avec HPS.

Réunis autour du thème « Paiements instantanés : maturité du marché et opportunités pour les fintechs », plusieurs acteurs de l’écosystème marocain ont souligné les progrès réalisés ces dernières années, notamment en matière d’infrastructures et de cadre institutionnel, tout en appelant à renforcer l’usage concret de ces solutions.

La directrice générale de Switch Al Maghrib, Hanae Ben Driss, a notamment relevé que le Maroc dispose aujourd’hui d’infrastructures solides et d’un cadre opérationnel et institutionnel développé. Toutefois, ces acquis ne se traduisent pas encore par une adoption généralisée des paiements électroniques dans l’économie réelle.

Selon elle, 80 % des transactions sont encore réalisées en espèces, tandis que l’acceptation des paiements électroniques par les commerçants représente environ 5 % du potentiel global. Sur quelque 1,2 million de commerçants potentiellement concernés, environ 60.000 seraient réellement actifs.

Hanae Ben Driss a également rappelé que le Maroc avait posé dès 2018 les bases d’un système de paiement instantané, avant le déploiement de solutions similaires dans d’autres marchés internationaux.

De son côté, la directrice adjointe des Systèmes et Moyens de Paiement à Bank Al-Maghrib, Fadwa Jouali, a expliqué que l’ouverture et la concurrence dans le secteur avaient commencé à être renforcées dès 2014 avec l’introduction des établissements de paiement.

La Banque centrale a progressivement élargi son rôle, passant de celui de régulateur à celui d’architecte de l’écosystème, en travaillant avec les différents acteurs à la mise en place d’une architecture favorisant l’adoption et la pérennité des nouveaux moyens de paiement.

Parmi les principaux piliers de cette évolution figurent l’interopérabilité et l’instantanéité, qui permettent notamment aux consommateurs de choisir librement leur établissement tout en garantissant davantage de transparence dans l’accès aux systèmes de paiement et aux infrastructures de marché.

Le prochain défi consiste désormais à accélérer l’utilisation de ces solutions auprès du grand public et des entreprises.

Pour sa part, le directeur général de VPS, Mustapha Badr-Ezzaman, a estimé que la multiplication des canaux de paiement devrait également faire évoluer le rôle des acquéreurs. Ceux-ci pourraient progressivement devenir de véritables agrégateurs de moyens de paiement, en proposant des services allant au-delà de la simple acceptation des cartes.

Le modèle économique pourrait ainsi davantage reposer sur des services à valeur ajoutée, notamment pour faciliter le rapprochement et la réconciliation des différents flux financiers.

Le fondateur et CEO de Chari, Ismael Belkhayat, a pour sa part identifié quatre moyens de paiement instantanés et interopérables récemment utilisés au Maroc : le virement instantané, la carte, MarocPay et Fatourati.

Le virement instantané présente notamment l’avantage de permettre une réception immédiate des fonds sur le compte bancaire. Il reste toutefois confronté à certaines contraintes, parmi lesquelles son coût, un plafond de 20.000 dirhams pour les particuliers et une expérience utilisateur encore perfectible, notamment en raison de la saisie du RIB et des différences entre les applications bancaires.

MarocPay, qui repose notamment sur l’utilisation du numéro de téléphone, propose quant à lui une expérience interopérable et immédiate. Son développement nécessite toutefois davantage d’efforts en matière d’information, d’accompagnement et de formation des utilisateurs.

Le directeur Business Innovation de HPS, Gilles Réant, a également rappelé les travaux engagés depuis 2018 autour de MarocPay. L’interopérabilité et l’instantanéité ont été intégrées dès la conception du service, avec notamment un QR code standardisé destiné à être utilisé par les différents acteurs.

Le développement de cette solution a été accompagné par Bank Al-Maghrib et l’Agence nationale de réglementation des télécommunications (ANRT), après les premières initiatives de portefeuilles électroniques lancées par les opérateurs télécoms au début des années 2010. Ces expériences avaient notamment fait face à des difficultés liées à l’interopérabilité.

À travers les « MFC Talks », les différents acteurs de l’écosystème fintech marocain disposent ainsi d’un espace consacré au partage d’expériences, à l’échange de points de vue et à l’identification de nouvelles opportunités de collaboration.

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