Une coopération tripartite : Turquie, Azerbaïdjan et Qatar s’unissent pour alimenter la Syrie.
Dans un contexte régional marqué par les tensions et la reconstruction post-conflit, un important pas vient d’être franchi dans le domaine énergétique entre la Turquie et la Syrie. Le 2 août 2025, le gazoduc reliant Kilis à Alep a officiellement repris du service, marquant le début de l’exportation de gaz naturel azerbaïdjanais vers le nord de la Syrie.
Une infrastructure réhabilitée, un symbole de coopération énergétique
Après des mois de travaux, la réparation du gazoduc d’une capacité quotidienne de 6 millions de mètres cubes a été achevée le 21 mai dernier. Une cérémonie d’inauguration s’est tenue à Kilis, en présence de plusieurs représentants de haut niveau : le ministre turc de l’Énergie Alparslan Bayraktar, le ministre syrien de l’Énergie Mohammed Al-Bashir, le président du Fonds de développement du Qatar Fahad Hamad Al-Sulaiti, et le ministre azerbaïdjanais de l’Économie Mikayıl Jabbarov.
Ce partenariat énergétique trilatéral Turquie–Azerbaïdjan–Qatar vise à combler les besoins urgents en électricité dans un pays où les coupures quotidiennes dépassent souvent 20 heures. D’après les autorités turques, cette première phase permettra de porter la couverture électrique à environ 10 heures par jour pour 1,6 million de foyers.
Une énergie cruciale pour la relance et le retour des déplacés
Ce projet s’inscrit également dans une dynamique politique, Ankara considérant que l’amélioration des conditions de vie en Syrie pourrait favoriser le retour de centaines de milliers de réfugiés syriens actuellement sur le sol turc.
Le gaz naturel azerbaïdjanais, acheminé via la Turquie, alimentera non seulement le réseau électrique existant mais contribuera à la réhabilitation de plusieurs lignes haute tension, dont celle de Birecik–Alep, actuellement en cours de réactivation.
Un ambitieux plan de reconstruction énergétique
Parallèlement, un accord stratégique d’envergure – estimé à 7 milliards de dollars – a été signé entre des acteurs publics et privés des pays partenaires. Il prévoit la construction de centrales électriques à gaz d’une capacité totale de 4 000 mégawatts à Treyfi, Zeyzun, Deir ez-Zor et Miharde, ainsi qu’une centrale solaire de 1 000 mégawatts à Vidyan al-Rabii, opérationnelle d’ici deux ans.
Ce consortium regroupe notamment Kalyon et Cengiz Holding (Turquie), UCC (Qatar), Power International (États-Unis), avec la participation du ministère syrien de l’Énergie. L’objectif est clair : renforcer la sécurité énergétique syrienne, encourager la durabilité environnementale et relancer l’économie locale.
Une situation énergétique dégradée depuis la guerre
La guerre civile a réduit la capacité de production d’électricité syrienne de 8 500 à 3 500 mégawatts, affectant durablement les infrastructures dans les régions clés d’Alep, Mkharde et Zeyzoun. De même, la production pétrolière syrienne, qui atteignait 400 000 barils/jour avant 2011, ne dépasse plus aujourd’hui 20 000 barils, accentuant la dépendance aux importations.
Ce projet marque ainsi une avancée significative vers une stabilisation progressive de la Syrie, en misant sur la diplomatie énergétique pour reconnecter un pays meurtri à ses ressources vitales.




