Pressé par les députés, le ministre de l’Éducation promet une révision imminente du seuil d’âge avant le prochain concours de 20.000 postes
Trois ans après l’instauration du plafond d’âge à 30 ans pour le recrutement des enseignants, la mesure refait surface au Parlement. Jugée discriminatoire par une partie de la classe politique, elle fait désormais l’objet d’une réévaluation officielle, annoncée par le ministre Mohamed Saad Berrada. Une décision finale est attendue d’ici un mois, alors que le concours de recrutement approche à grands pas.
Un dossier qui divise, un concours qui approche
À quelques semaines du concours de recrutement de 20.000 enseignants, prévu pour l’année scolaire 2025-2026, le débat sur le plafond d’âge fixé à 30 ans ressurgit au sein de l’Hémicycle. Lors de son passage à la Chambre des députés, le ministre de l’Éducation nationale, Mohamed Saad Berrada, a reconnu que son département menait une « réflexion approfondie » sur cette règle instaurée en 2022, et dont la pertinence est aujourd’hui vivement contestée.
Le ministre a promis de trancher sur ce point dans un délai d’un mois maximum, assurant que les nouvelles directives seront en place avant l’organisation du concours. Cette annonce intervient alors que la pression politique et syndicale s’intensifie, notamment de la part de parlementaires dénonçant une mesure jugée « injuste » et « anticonstitutionnelle ».
Une mesure critiquée dès sa mise en place
Dès son adoption, le plafond d’âge à 30 ans avait suscité une large polémique, tant dans les milieux politiques qu’au sein de la société civile. Les opposants à cette mesure dénoncent une discrimination basée sur l’âge, contraire aux principes constitutionnels de mérite, d’égalité des chances et de non-discrimination, inscrits dans l’article 31 de la Constitution marocaine.
Le député istiqlalien Abderrahim Bouaida a déclaré que « 30 ans est le début de la jeunesse, pas sa fin », s’interrogeant sur la logique d’une telle limite dans un secteur en manque flagrant de ressources humaines. Sa collègue du Mouvement populaire, Fedoua Mouhsine Lhayani, a pour sa part qualifié la mesure d’échec, en soulignant que le déficit d’enseignants persiste malgré ce filtrage générationnel.
Des chiffres qui interrogent sur l’efficacité du plafond
Le ministre Berrada a justifié cette mesure par le souci de professionnaliser et rajeunir le corps enseignant, afin de « rendre à la profession ses lettres de noblesse ». Selon lui, les chiffres parlent d’eux-mêmes : 80 % des enseignants recrutés ces dernières années ont moins de 25 ans, tandis que ceux âgés de plus de 29 ans ne représentent que 4 % des effectifs. Des données qui, selon le ministère, confirment l’adéquation du plafond d’âge avec la réalité du marché.
Mais pour de nombreux députés, ces statistiques ne sauraient justifier l’exclusion automatique de milliers de diplômés et candidats motivés, souvent en reconversion professionnelle ou issus de parcours atypiques, et dont l’engagement pourrait enrichir l’école publique.
Entre exigences du public et pressions du privé
Autre élément clé du débat : la position du secteur privé de l’éducation, qui, selon le ministre, a sollicité une clarification rapide sur la question du recrutement. Une part importante de ses enseignants rejoint régulièrement la fonction publique, rendant leur gestion des ressources humaines complexe. C’est dans cette optique que Mohamed Saad Berrada a promis de lever les obstacles administratifs liés à la limite d’âge, tout en concertant les parties prenantes, y compris les écoles privées.
Vers un nouvel équilibre recrutement-formation ?
À travers cette mesure, le ministère dit vouloir construire un parcours professionnel complet et cohérent pour les futurs enseignants, débutant tôt et encadré par une formation rigoureuse. Reste à savoir si cette vision pourra cohabiter avec les impératifs de justice sociale et d’inclusion que défendent de nombreuses voix parlementaires.
La décision finale sera scrutée de près, tant par les candidats potentiels que par les syndicats, dans un contexte où l’avenir du système éducatif marocain dépend aussi de la capacité à attirer, former et retenir des profils diversifiés, compétents et engagés.




