Les récents affrontements meurtriers à la frontière illustrent une rupture croissante entre Kaboul et Islamabad. Le régime taliban cherche à affirmer sa souveraineté en se rapprochant de l’Inde, au grand dam du Pakistan.
Frontière en feu : des dizaines de morts
Les tensions entre l’Afghanistan et le Pakistan ont connu un regain de violence ces derniers jours, faisant plus de 80 morts selon des bilans divergents. Samedi, des attaques coordonnées de part et d’autre de la frontière ont causé la mort de 58 soldats pakistanais, selon Kaboul, et 23 soldats selon Islamabad, qui affirme en retour avoir « neutralisé plus de 200 Taliban ».
Mercredi 15 octobre, l’armée pakistanaise a annoncé avoir tué 15 à 20 combattants afghans lors d’une nouvelle attaque. Islamabad promet une « réponse musclée », tandis que Kaboul parle d’ »opérations défensives ». L’Arabie saoudite et le Qatar ont tenté une médiation express.
Trois foyers de discorde majeurs
Depuis le retour des Taliban au pouvoir en 2021, les différends entre les deux pays se sont intensifiés. Selon Christine Fair, politologue à Georgetown, la crise repose sur trois points clés :
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Rejet de la frontière Durand (ligne coloniale de 1893)
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Destruction des barrières frontalières installées par le Pakistan
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Accusations d’abri au TTP, la branche pakistanaise des Taliban
Le Tehrik-e-Taliban Pakistan (TTP), qui partage l’idéologie des Taliban afghans, a revendiqué plusieurs attaques au Pakistan ces derniers mois, dont une le 11 octobre ayant tué 23 militaires.
Taliban afghans et pakistanais : frères ou complices ?
Pour Islamabad, les liens tribaux et idéologiques entre les deux mouvements sont une menace directe. Kaboul nie soutenir le TTP, mais les signaux sont ambigus : le groupe pakistanais a prêté allégeance au chef suprême des Taliban afghans, Amir-Ul-Mu’minin, renforçant les soupçons d’une protection tacite.
Kaboul se tourne vers New Delhi
Fait marquant : au moment des affrontements, le chef de la diplomatie afghane était en visite en Inde, un geste fort de rapprochement avec l’ennemi juré du Pakistan.
New Delhi, qui ne reconnaît pas officiellement le régime taliban, a toutefois rouvert son bureau à Kaboul et entamé un dialogue sécuritaire, soucieux de prévenir tout soutien à des groupes hostiles, comme Jaish-e-Mohammed.
Pas de guerre ouverte en vue, mais une crise durable
Malgré la rhétorique belliqueuse, une guerre totale semble peu probable :
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Le Pakistan est en crise économique
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Les Taliban manquent d’aviation et de dissuasion nucléaire
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Leurs alliés (Qatar, Chine, Arabie saoudite) appellent à la retenue
Mais les accrochages frontaliers pourraient devenir la norme. Il s’agit d’une crise chronique, marquée par la fin de la dépendance stratégique des Taliban envers Islamabad.




