À la tête du coup d’État du 14 octobre, l’ancien allié devenu opposant de Rajoelina promet une transition « courte et démocratique »
Chef d’un coup de force militaire survenu en l’absence du président Andry Rajoelina, le colonel Michael Randrianirina est devenu l’homme fort de Madagascar. Ancien gouverneur, ex-prisonnier politique et figure controversée du Capsat, il promet des élections sous 24 mois.
De soutien à opposant : un parcours tumultueux
Le colonel Michael Randrianirina, 51 ans, n’est pas un inconnu de la scène politique malgache. Commandant du Corps d’appui à la protection des institutions (Capsat), une unité influente au sein des forces armées, il fut l’un des artisans du coup d’État de 2009 qui porta Andry Rajoelina au pouvoir.
Ironie de l’histoire : seize ans plus tard, c’est ce même colonel qui renverse Rajoelina, aujourd’hui en fuite, à la faveur d’un soulèvement populaire amplifié par les jeunes (notamment la génération GenZ). La Haute cour constitutionnelle, constatant une vacance du pouvoir, a officiellement invité l’armée, représentée par le colonel, à assurer l’intérim de la présidence.
Un homme de terrain au profil discret
Originaire du village de Sevohipoty dans la région d’Androy (extrême sud de l’île), Michael Randrianirina est issu des rangs militaires, formé à l’Académie d’Antsirabe (Acmil). Gouverneur d’Androy (2016–2018), il est ensuite devenu chef de bataillon à Toliara, avant d’accéder à des postes stratégiques au sein du Capsat.
Il est également membre actif de la communauté évangélique “Mpiandry” au sein de l’Église luthérienne, une affiliation qui renforce son ancrage social dans une population majoritairement croyante.
Un rebelle au sein de l’armée
Connu pour ses positions critiques vis-à-vis du régime Rajoelina, le colonel Randrianirina avait été arrêté en 2023 pour avoir incité des soldats à la désobéissance. Condamné pour « atteinte à la sécurité de l’État », il avait néanmoins été libéré en février 2024 avec un sursis.
Le 11 octobre 2025, au plus fort des manifestations, il appelle publiquement les forces de sécurité à ne pas tirer sur les civils, poussant une partie de l’armée à se rallier aux manifestants, ce qui accélérera l’effondrement du régime.
Une promesse de transition rapide
Dans ses premières déclarations, Randrianirina affirme ne pas vouloir confisquer le pouvoir. Il se présente comme un « simple exécutant » du commandement militaire supérieur, refusant le terme de coup d’État. Pour lui, il s’agit de « restaurer l’ordre et répondre aux aspirations du peuple ».
Il promet des élections démocratiques dans un délai de 18 à 24 mois, et annonce la formation prochaine d’un gouvernement de consensus. Sa prestation de serment est prévue pour vendredi 17 octobre 2025, au Palais d’État d’Ambohidahy, en tant que « Président de la Refondation ».
Rajoelina en fuite, la communauté internationale prudente
Président depuis 2018, Andry Rajoelina aurait quitté le pays le 13 octobre selon des sources diplomatiques, évoquant des menaces sur sa sécurité. Il a dénoncé une prise de pouvoir illégale par une « faction rebelle », et pointe du doigt une éventuelle complicité de la France, ancienne puissance coloniale. Paris, de son côté, n’a pas confirmé ces informations.
La France a toutefois appelé à préserver la démocratie et l’État de droit, tandis que l’Union africaine s’est réunie en urgence, sans émettre pour l’instant de condamnation explicite.
Un tournant incertain pour la Grande Île
Madagascar, marquée par une longue histoire d’instabilité politique et de coups d’État, vit une nouvelle transition sous tension. L’économie est en berne, les institutions fragilisées, et la société civile en attente d’un véritable changement.
Michael Randrianirina, présenté comme un homme de principes par ses partisans, devra désormais transformer sa légitimité militaire en légitimité politique. Son plus grand défi sera de tenir ses promesses démocratiques sans céder à la tentation du pouvoir prolongé.




