Une étude allemande valide la faisabilité technique du projet sous-marin reliant les deux continents, estimé à 8,5 milliards d’euros et prévu sur une décennie.
Le vieux rêve de relier l’Afrique à l’Europe par un tunnel sous le détroit de Gibraltar n’a jamais semblé aussi proche. Une étude de faisabilité, récemment achevée par la société allemande Herrenknecht à la demande des gouvernements marocain et espagnol, confirme la viabilité technique du projet, malgré les défis géologiques du détroit. Les travaux pourraient débuter avant 2030, avec un premier tunnel exploratoire prévu d’ici 2027.
Un chantier pharaonique au cœur du détroit de Gibraltar
Fruit de décennies d’études et d’accords bilatéraux, le projet du tunnel Maroc–Espagne franchit une étape décisive. Selon les conclusions de Herrenknecht, leader mondial du forage souterrain, la construction d’un tunnel ferroviaire reliant les deux rives du détroit est désormais techniquement possible.
Le tracé envisagé, d’environ 40 kilomètres, relierait Vejer de la Frontera côté espagnol à la région de Tanger côté marocain.
Le ministère espagnol des Transports a mandaté la société publique EniCo pour l’étude financière, tandis que Vodafone assurera les services de communication du consortium d’experts. La décision finale de lancer le chantier exploratoire est attendue avant l’été 2027.
Dix ans de travaux et un budget colossal
Le projet, estimé à 8,5 milliards d’euros, sera réalisé en plusieurs phases. Le tunnel exploratoire, première étape cruciale, devrait nécessiter entre six et neuf années de travaux avant la mise en œuvre de l’infrastructure définitive.
L’investissement inclut la construction des galeries principales, des gares terminales et des installations techniques, avec une participation financière attendue de l’Union européenne dans le cadre de ses fonds de relance post-Covid.
Les autorités des deux pays se sont récemment rendues en Norvège pour observer le chantier du tunnel Rogfast, le plus long et le plus profond du monde, afin de s’inspirer des technologies employées pour les grandes profondeurs sous-marines.
Un symbole de coopération et de vision géostratégique
Bien au-delà d’un simple projet d’ingénierie, le tunnel Maroc–Espagne incarne une ambition politique et économique majeure. Il offrirait une nouvelle voie de transport pour les voyageurs et les marchandises, tout en facilitant l’interconnexion énergétique et la transmission de données via fibre optique entre les deux continents.
Pour Rabat comme pour Madrid, cette infrastructure représenterait un levier de croissance et de rapprochement régional, faisant de la péninsule Ibérique une passerelle incontournable entre l’Europe et l’Afrique.
Symboliquement, les promoteurs espèrent un lancement officiel des travaux autour de 2030, en parallèle de la Coupe du monde de football organisée conjointement par le Maroc, l’Espagne et le Portugal.
Un vieux rêve devenu horizon concret
L’idée d’un tunnel sous le détroit de Gibraltar remonte au XIXᵉ siècle, mais c’est en 1979 que Rabat et Madrid signent un premier accord formel. Depuis, le projet a connu de longues décennies d’études et de suspensions, avant de retrouver un souffle nouveau sous l’impulsion du gouvernement espagnol de Pedro Sánchez et du soutien de l’Union européenne.
Aujourd’hui, avec la validation technique des experts allemands, le plus grand passage souterrain intercontinental de l’histoire moderne semble enfin à portée de main — un ouvrage qui pourrait, à terme, redessiner la carte des échanges entre l’Europe et l’Afrique.




