Iran : face à une sécheresse historique, Téhéran mise sur l’ensemencement des nuages

El azhar Bennouna Sanaa16 novembre 2025Dernière mise à jour :
Iran : face à une sécheresse historique, Téhéran mise sur l’ensemencement des nuages

Iran, Le pays confronté à un déficit de pluie inédit depuis un demi-siècle, multiplie les opérations de stimulation artificielle des précipitations pour éviter une crise hydrique majeure.


Accablé par une sécheresse d’une intensité rarement observée, l’Iran expérimente de nouveau l’ensemencement des nuages pour tenter de provoquer des pluies salvatrices. Alors que plusieurs régions n’ont pas reçu la moindre averse depuis des mois, les autorités redoutent une pénurie d’eau sans précédent et cherchent, dans l’urgence, à limiter les risques pour les populations et les infrastructures.


Premières opérations dans le bassin du lac d’Ourmia

Samedi 15 novembre, un premier vol dédié à l’ensemencement des nuages a été mené au-dessus du lac d’Ourmia, dans le nord-ouest du pays. Cette intervention marque le début d’une série d’opérations planifiées dans les provinces de l’Azerbaïdjan oriental et occidental.

Le lac d’Ourmia, plus grand étendue d’eau intérieure du pays, s’est dramatiquement rétréci ces dernières années sous l’effet combiné de la sécheresse, de la hausse des températures et de la surexploitation des ressources hydriques. Pour les autorités, stimuler artificiellement les pluies apparaît désormais comme une option de dernier recours.


Une technologie nationale pour tenter de faire tomber la pluie

L’ensemencement des nuages repose sur l’injection de particules, souvent d’iodure d’argent, dans les masses nuageuses afin de favoriser la condensation et la formation de précipitations.
L’Iran affirme avoir développé sa propre technologie dans ce domaine, un investissement stratégique pour un pays dont le climat est majoritairement aride et soumis depuis longtemps à des sécheresses chroniques.

Cette technique reste toutefois controversée : son efficacité réelle varie selon les conditions atmosphériques, et les bénéfices peuvent être difficiles à mesurer.


Des précipitations au plus bas depuis un demi-siècle

Selon les données du service météorologique iranien, l’automne en cours est le plus sec depuis cinquante ans.
Les chiffres sont alarmants : −89 % de précipitations par rapport à la moyenne historique, des réservoirs tombés à des niveaux critiques, et plus de la moitié du pays privée de pluie depuis des mois.

Même si quelques averses ont été signalées dans l’ouest et le nord-ouest, ainsi que des premières chutes de neige dans le massif de l’Elbourz, la situation reste extrêmement préoccupante. À Téhéran, les relevés pluviométriques indiquent le niveau le plus faible depuis un siècle.


Une sécheresse qui menace les grandes villes

Début novembre, le président Massoud Pezeshkian a évoqué la possibilité – théorique, mais symboliquement forte – d’une évacuation partielle de Téhéran en cas d’absence de pluie d’ici l’hiver. Le gouvernement a depuis précisé qu’il s’agissait d’une mise en garde destinée à alerter la population, et non d’une mesure envisagée à court terme.

Néanmoins, l’avertissement témoigne de l’urgence : la capitale dépend largement de réservoirs aujourd’hui presque à sec, et une pénurie prolongée pourrait affecter des millions d’habitants.


Une pratique qui s’étend dans la région

L’Iran n’est pas le seul pays du Moyen-Orient à recourir à cette méthode. Les Émirats arabes unis y ont régulièrement recours depuis plusieurs années, dans un contexte régional marqué par la chaleur extrême et les tensions hydriques.

L’efficacité de ces opérations, bien qu’encore débattue, illustre la recherche de solutions alternatives face à un dérèglement climatique qui rend les épisodes de sécheresse plus longs, plus fréquents et plus sévères.

Entre technologie, gestion de crise et adaptation au changement climatique, l’Iran tente de répondre à une urgence devenue structurelle. L’ensemencement des nuages apparaît comme un outil parmi d’autres, mais il ne saurait remplacer une réforme en profondeur des usages de l’eau.
La question centrale demeure : comment un pays soumis à une pression hydrique extrême pourra-t-il assurer son approvisionnement en eau dans les décennies à venir ?

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