Le Royaume réduit ses achats extérieurs de céréales malgré une demande intérieure en hausse
Dans son rapport mondial publié en novembre, le Département américain de l’Agriculture (USDA) dévoile des prévisions marquant un tournant pour le marché céréalier marocain. Les importations diminuent nettement, notamment pour le blé et l’orge, tandis que la consommation nationale poursuit sa progression, reflet des besoins structurels d’un pays dépendant du marché international.
Des importations de blé en forte contraction
Le rapport de l’USDA met en évidence un recul significatif des achats extérieurs de blé par le Maroc. Pour la campagne 2025/26, les importations sont estimées à 4,725 millions de tonnes, contre 5,292 millions en 2024/25, 5,567 millions en 2023/24 et 6,328 millions en 2022/23.
Cette trajectoire confirme une tendance baissière amorcée depuis trois ans, même si la consommation intérieure continue de croître — un paradoxe qui s’explique par une meilleure mobilisation des stocks, des ajustements industriels et une gestion plus rigoureuse des approvisionnements.
Orge : une révision drastique des achats
La correction la plus spectaculaire concerne l’orge.
Le rapport note que les importations ne s’élèvent plus qu’à 760 000 tonnes en novembre 2025, contre 1 462 000 tonnes en septembre.
Cette réduction de près de moitié met en lumière l’impact combiné d’améliorations ponctuelles des récoltes locales, d’une rationalisation des achats publics et de la priorisation de l’usage fourrager.
Le marché marocain de l’orge reste cependant volatil, étroitement dépendant de la variabilité climatique et de la situation des cheptels, qui ont connu plusieurs années de tension.
Maïs : une baisse modérée mais continue
Les importations de maïs enregistrent également un repli, quoique plus mesuré : 3,697 millions de tonnes en 2025/26, après 3,476 millions en 2024/25 et 4,201 millions en 2023/24.
Le maïs demeure essentiel pour l’alimentation animale, et la stabilisation relative de la demande reflète la résilience de certaines filières d’élevage malgré les contraintes hydriques.
Une consommation de blé toujours élevée
En parallèle, la consommation nationale de blé devrait atteindre 10 millions de tonnes en 2025/26, contre 9,7 millions en 2024/25 et 9,5 millions en 2023/24.
Ce maintien à un niveau élevé confirme le caractère stratégique de cette céréale dans l’alimentation marocaine, en particulier pour la farine panifiable et les produits dérivés.
Explosion de la demande en orge
Le rapport fait état d’une progression spectaculaire : la demande intérieure d’orge bondit à 3,12 millions de tonnes en 2025/26, contre 1,586 million l’année précédente et 1,4 million en 2023/24.
Cette hausse s’explique par le recours accru aux céréales fourragères pour soutenir les éleveurs, en période de stress hydrique et de reconstitution progressive du cheptel.
Maïs : une consommation stabilisée mais sous tension
La consommation intérieure de maïs, fixée à 3,697 millions de tonnes en 2025/26, reste alignée sur les volumes importés.
Cette stabilité masque toutefois une réalité plus complexe : l’ajustement des besoins se fait au gré des capacités de production locale, des coûts internationaux et de la santé du secteur avicole, particulièrement sensible aux fluctuations des prix mondiaux.
Analyse prospective : vers un modèle d’approvisionnement plus ajusté
Les prévisions de l’USDA dessinent un basculement progressif dans la stratégie céréalière du Maroc :
1. Une dépendance extérieure toujours forte
Malgré la baisse des importations, le Royaume reste tributaire du marché mondial, notamment pour le blé tendre et le maïs.
L’amélioration de la production locale devra encore s’intensifier pour réduire cette vulnérabilité.
2. Un resserrement des volumes importés
La rationalisation apparaît motivée par :
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la gestion des stocks,
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l’évolution des prix mondiaux,
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la volonté de limiter l’exposition budgétaire,
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les efforts de régulation des offices publics et des opérateurs privés.
3. Une demande intérieure en mutation
L’explosion de la demande d’orge et le maintien élevé de la consommation de blé démontrent que les besoins structurels continuent de croître, portés par la démographie et les secteurs d’élevage.
4. Un marché sensible au climat
Toute variation de la pluviométrie pourrait inverser les tendances en cours.
Le Maroc reste l’un des pays les plus exposés aux aléas hydriques, ce qui confère au secteur céréalier une grande fragilité.
Conclusion : un marché en ajustement, mais encore sous pression
Les nouvelles prévisions américaines montrent un Maroc en pleine recomposition de ses approvisionnements, cherchant à concilier sécurité alimentaire, maîtrise des coûts et soutien aux filières productives.
Si la baisse des importations traduit une stratégie de prudence, la hausse continue de la consommation rappelle l’urgence d’investir davantage dans la production nationale, la modernisation agricole et la résilience climatique.




