l’intox de la futilité : quand la quête du “buzz” défigure l’espace numérique des Marocains attachés a leur culture et leur fierté nationale

El azhar Bennouna Sanaa25 novembre 2025Dernière mise à jour :
l’intox de la futilité : quand la quête du “buzz” défigure l’espace numérique des Marocains attachés a leur culture et leur fierté nationale

L’essor du contenu superficiel sur les réseaux sociaux interroge les valeurs, l’éducation numérique et le rôle des élites dans la formation de l’opinion publique.

De TikTok à Instagram, en passant par Facebook et YouTube, le “buzz” s’impose aujourd’hui comme moteur central de visibilité, souvent au détriment du sens, de l’éthique et de la qualité. Vidéos vulgaires, mises en scène artificielles, conflits familiaux exposés et défis absurdes : la dynamique de la futilité gagne du terrain et révèle un malaise socioculturel profond. Comment en sommes-nous arrivés là, et quelles perspectives pour en sortir ?


Un contenu creux qui séduit… pour mieux s’effondrer

Chaque jour, les réseaux sociaux sont envahis par une avalanche de vidéos sans valeur ajoutée, conçues dans l’unique but de générer des vues et, par ricochet, des revenus.
Provocations, insinuations déplacées, insultes, scènes familiales orchestrées : la quête du “buzz” produit un spectacle où la surenchère devient la règle.

Et pourtant, cette notoriété éphémère disparaît aussi vite qu’elle apparaît, laissant derrière elle un impact durable sur les mentalités, les comportements et le goût collectif.


Des plateformes de communication devenues vitrines du ridicule

Là où les réseaux sociaux étaient censés rapprocher les individus et favoriser le partage d’idées, ils sont devenus pour certains un terrain d’exhibition, de dérive et parfois de violence symbolique.
Familles entières exposent leurs disputes pour attirer les clics, tandis que des adolescents imitent des contenus “tendance” sans mesurer les risques émotionnels ou sociaux.

Ce glissement révèle une transformation des interactions humaines :
disparition du dialogue direct, banalisation du voyeurisme et confusion croissante entre sphère privée et espace public.


Le “buzz” : entre outil efficace et dérive dangereuse

À l’origine, le “buzz” – ou buzz marketing – désigne une stratégie destinée à attirer rapidement l’attention sur un produit, une idée ou un événement.
Utilisé intelligemment, il peut servir à promouvoir une cause, diffuser une information cruciale ou mobiliser une communauté.

Mais dans la pratique actuelle, le contenu viral se nourrit majoritairement d’exagération, de fausses informations et de scandales fabriqués.
Le sensationnalisme supplante l’analyse, et le futile prend la place de l’utile.

Pendant ce temps, le contenu culturel, éducatif ou scientifique peine à émerger, faute d’un système favorable à sa visibilité.


Une responsabilité partagée : créateurs, familles, élites et médias

Les réseaux sociaux ne sont ni bons ni mauvais : ils ne sont que le reflet de leur usage.
L’explosion du contenu futile est liée à plusieurs facteurs :

  • recul de l’éducation critique,

  • absence d’une présence forte des intellectuels dans l’espace numérique,

  • course au “clic” menée par certains médias,

  • fascination pour la célébrité facile,

  • faiblesse du contenu culturel accessible au grand public.

Les familles, quant à elles, se retrouvent souvent dépassées face à un univers où les adolescents cherchent validation et reconnaissance dans les réactions virtuelles.


Comment sortir de la spirale de la futilité ?

Pour contrer la banalisation du vide numérique, plusieurs pistes s’imposent :

  • revaloriser le contenu utile en le rendant plus visible et attractif ;

  • éduquer à l’esprit critique dès les premières années de scolarité ;

  • responsabiliser les créateurs de contenu par un cadre clair ;

  • réinvestir l’espace numérique par les artistes, chercheurs et penseurs ;

  • encourager la qualité par des initiatives publiques et privées.

La question demeure :
voulons-nous d’un espace numérique qui glorifie l’insignifiance,
ou d’un univers où la créativité, le savoir et la culture de notre pays retrouvent leur place légitime dans un monde en course de développement accéléré  ?

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