Sécurité routière : le Maroc face à une hausse dramatique des décès en 2025

El azhar Bennouna Sanaa28 novembre 2025Dernière mise à jour :
Sécurité routière : le Maroc face à une hausse dramatique des décès en 2025

La NARSA alerte sur une aggravation sans précédent de la mortalité routière et prépare une nouvelle stratégie pour enrayer l’hécatombe.

La sécurité routière au Maroc traverse une zone de turbulence inquiétante. Lors de la 15ᵉ session de son Conseil d’administration, la NARSA a dressé un bilan alarmant : les routes marocaines ont enregistré une hausse de 24,4 % des décès sur les neuf premiers mois de 2025. Une situation critique qui rappelle l’urgence d’agir, alors que le pays ambitionne de réduire de moitié la mortalité d’ici 2030. Entre constats préoccupants et nouvelles orientations stratégiques, l’Agence appelle à un sursaut national.


Un bilan meurtrier qui freine les ambitions nationales

La réunion, présidée par le ministre du Transport et de la Logistique, Abdessamad Kayouh, a mis en lumière une explosion des accidents mortels : 3.324 décès en neuf mois, soit une progression de près d’un quart par rapport à l’année précédente. Pour le ministre, ce « carnage routier » menace directement les objectifs fixés dans le cadre de la stratégie nationale de sécurité routière.

Cette dégradation survient malgré les campagnes de sensibilisation récurrentes et les interventions d’acteurs multiples. Elle questionne l’efficacité des mécanismes actuels de prévention, mais aussi l’évolution des comportements à risque, notamment chez les conducteurs de deux-roues, particulièrement touchés.


Des avancées, mais un besoin d’impact rapide

Face à cette situation, la NARSA souligne néanmoins plusieurs progrès structurants. L’Agence a finalisé :

  • l’évaluation de la première phase de la stratégie nationale,

  • un nouveau plan d’action 2026–2030, conforme aux standards internationaux,

  • une étude de repositionnement stratégique,

  • un plan d’action quinquennal,

  • une feuille de route numérique, destinée à moderniser les centres d’immatriculation, les examens du permis de conduire et la gestion des infractions.

Ces chantiers témoignent d’une volonté de modernisation profonde et d’un renforcement de la gouvernance, afin de positionner la NARSA comme véritable pôle de pilotage national.


L’urgence d’une mobilisation collective

Pour le ministre, la réussite de cette stratégie rénovée dépendra de la capacité à unir institutions, collectivités, forces de l’ordre et société civile autour d’un même objectif. La priorité : passer des études à l’action concrète. Cela implique d’investir dans la prévention, de renforcer les contrôles, d’améliorer la formation et de cibler les populations les plus vulnérables, notamment les usagers de deux-roues et les piétons.

Kayouh insiste également sur l’importance de la déclinaison régionale des mesures. Les problématiques varient selon les territoires : densité du trafic, état des infrastructures, pratiques locales, poids du transport informel… Chaque région doit donc disposer d’un plan calibré selon ses réalités.


Une analyse prospective : des défis lourds mais une marge de progrès réelle

À l’horizon 2030, le Maroc se trouve à la croisée des chemins. Les tendances actuelles montrent que l’objectif de réduire de 50 % les décès sera difficile à atteindre sans une accélération nette des efforts. Plusieurs leviers apparaissent prioritaires :

  • Le renforcement massif des contrôles routiers, notamment sur les axes à forte sinistralité.

  • L’encadrement du transport informel, qui demeure un facteur aggravant d’insécurité.

  • La sécurisation des deux-roues, enjeu majeur d’une décennie où motos et cyclomoteurs explosent en nombre.

  • La modernisation accélérée des infrastructures, encore inégales selon les zones.

  • La transformation numérique, qui peut fluidifier les procédures, limiter la fraude et améliorer le suivi des infractions.

Si ces actions sont mises en œuvre de manière cohérente et coordonnée, la dynamique pourrait s’inverser. Le Maroc dispose déjà des bases stratégiques ; il lui manque désormais la rapidité d’exécution et une mobilisation durable de tous les acteurs.


Vers un sursaut indispensable

La sécurité routière n’est pas seulement une affaire de chiffres ou de plans d’action : elle concerne des vies humaines, des familles brisées, un coût social et économique colossal. Face à l’ampleur de la situation, l’année 2025 pourrait marquer un tournant décisif. Tout dépendra de la capacité collective à transformer l’alarme lancée par la NARSA en un véritable mouvement national.

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