Syrie : un premier anniversaire de paix célébré dans l’enthousiasme… et la prudence

El azhar Bennouna Sanaa9 décembre 2025Dernière mise à jour :
Syrie : un premier anniversaire de paix célébré dans l’enthousiasme… et la prudence

À Damas, les festivités marquent la fin d’une guerre civile de quatorze ans, mais les minorités et les régions kurdes gardent une réserve palpable


Un an après la chute définitive du régime des Al-Assad et la fin d’un demi-siècle de dictature, la Syrie célèbre le premier anniversaire de son « retour à la paix ». Si Damas a vibré au rythme des cérémonies officielles orchestrées par le président de transition Ahmed Al-Charaa, l’ambiance demeure contrastée dans les zones minoritaires et dans les territoires kurdes, où le soulagement se mêle à l’inquiétude sur l’avenir.


Damas en liesse pour le premier anniversaire de « la libération »

À l’aube du 8 décembre, des milliers de Syriens se sont rassemblés devant la mosquée des Omeyyades, lieu symbolique où avaient été proclamées la victoire et la transition un an plus tôt.
Le défilé militaire organisé dans la capitale a donné le ton : un hommage aux années de lutte, une célébration du renouveau national et une volonté affichée d’unifier le pays autour d’un projet politique inédit après quatorze ans de guerre civile.

Ahmed Al-Charaa, président de transition et ancien commandant d’une coalition rebelle islamiste, est apparu vêtu du même treillis militaire que lors de son entrée dans Damas.
« Du nord au sud, de l’est à l’ouest, nous reconstruirons une Syrie forte », a-t-il promis, se posant en artisan d’un nouveau pacte national.


Un enthousiasme national… mais pas unanime

Si les rues de Damas, Homs et Alep ont résonné de chants et de drapeaux, la ferveur n’est pas partagée par tous.
Dans les régions habitées par les minorités chrétienne, druze ou alaouite, l’euphorie laisse place à un sentiment plus nuancé.
Ces communautés, longtemps prises en étau entre répression, instrumentalisation et violences de la guerre, craignent aujourd’hui une marginalisation au sein du nouvel ordre politique.

Les acteurs locaux appellent à des garanties constitutionnelles fortes, à une représentation équitable dans les institutions, et à une vigilance accrue afin d’éviter l’émergence d’un pouvoir ultra-centralisé.


Dans les régions kurdes : entre prudence et revendications

Dans le nord-est du pays, les autorités kurdes administrant la région accueillent l’anniversaire avec une retenue notable.
Si la fin des combats est largement saluée, les négociations avec Damas restent délicates, notamment sur les questions de décentralisation, de gestion des ressources et de reconnaissance des droits culturels.

La population, épuisée par des années de combats contre l’État islamique puis par les tensions internes, aspire avant tout à une paix durable et à un cadre politique clair.
Les autorités locales réclament une réelle autonomie régionale, un point sur lequel le gouvernement transitoire n’a encore donné aucune garantie ferme.


Une transition lourde d’espoirs… mais confrontée à des défis immenses

La reconstruction de la Syrie représente un chantier colossal.
Outre les infrastructures détruites et les millions de déplacés, le pays doit composer avec une économie exsangue, une mosaïque d’acteurs politiques et armés, et des alliances internationales complexes.

Le défi principal sera de bâtir un modèle politique inclusif, évitant les dérives autoritaires qui ont marqué l’ère Al-Assad.
La communauté internationale, encore divisée sur la stratégie à adopter, observe avec prudence cette transition fragile.

Quoi qu’il en soit, ce premier anniversaire de paix symbolise l’amorce d’un nouveau chapitre — porteur d’espoirs, mais aussi d’incertitudes profondes.

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