Les avocats marocains annoncent une mobilisation nationale sans précédent

El azhar Bennouna Sanaa19 janvier 2026Dernière mise à jour :
Les avocats marocains annoncent une mobilisation nationale sans précédent

Une escalade du bras de fer avec le ministère de la Justice

La tension entre la profession d’avocat et le ministère de la Justice franchit un nouveau palier. Réuni en session élargie à Rabat, le bureau de l’Association des Ordres des avocats du Maroc (AOAM) a annoncé une série de mesures de protestation d’une ampleur inédite, marquant une nette intensification du conflit en cours avec le département dirigé par Abdellatif Ouahbi.

Au cœur de cette mobilisation : le rejet ferme du projet de loi n°23.66 encadrant la profession d’avocat, jugé par l’AOAM incompatible avec les principes d’indépendance et les fondements historiques du métier.


Une semaine d’arrêt total des services judiciaires

Face à ce qu’elle considère comme une absence de dialogue constructif, l’Association a décidé de passer d’actions graduelles à une grève nationale totale et continue. Ainsi, tous les services professionnels des avocats seront suspendus du 26 janvier au 1er février 2026 sur l’ensemble du territoire.

Cette décision vise, selon l’AOAM, à exprimer clairement l’unité de la profession et son rôle central dans le fonctionnement de la justice. Les avocats sont appelés à s’organiser en amont afin de limiter les désagréments pour leurs clients, tout en respectant strictement le mot d’ordre national.


Un sit-in annoncé devant le Parlement

En parallèle de cette grève, l’Association prévoit un grand sit-in national le vendredi 6 février 2026, devant le siège du Parlement à Rabat. Cette mobilisation se veut massive et symbolique, cherchant à interpeller directement les législateurs sur les enjeux soulevés par le projet de loi contesté.

À travers cette action, les avocats entendent rappeler que toute réforme touchant à leur profession doit se faire dans un cadre participatif, respectueux et fondé sur un dialogue sincère.


Un rejet catégorique du projet de loi 23.66

L’AOAM maintient une position inflexible concernant le texte en discussion. Elle exige son retrait pur et simple, estimant qu’il porte atteinte à l’autonomie de la profession et à son rôle constitutionnel en tant qu’auxiliaire de justice.

L’Association dénonce également ce qu’elle qualifie d’« approche non objective » du ministère, pointant des déclarations jugées offensantes à l’égard des avocats et de leurs compétences professionnelles, notamment à la suite de propos tenus récemment au Parlement.


Une crise aux conséquences potentielles lourdes

Les décisions annoncées ouvrent la voie à une période de forte perturbation du fonctionnement judiciaire. Une grève d’une semaine risque d’accentuer les retards déjà importants dans le traitement des affaires, tandis que la mobilisation devant le Parlement pourrait durcir davantage le climat politique autour de la réforme.

Pour l’AOAM, il s’agit avant tout de défendre la dignité de la profession et de préserver les garanties d’une justice indépendante. La suite de cette confrontation dépendra largement de la capacité des pouvoirs publics à répondre aux revendications exprimées et à rouvrir un canal de dialogue crédible.

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