Maroc : entre importations massives et réserves limitées, la vulnérabilité énergétique sous les projecteurs

El azhar Bennouna Sanaa26 mars 2026Dernière mise à jour :
Maroc : entre importations massives et réserves limitées, la vulnérabilité énergétique sous les projecteurs

Une dépendance persistante aux hydrocarbures importés

Le Maroc continue de dépendre fortement des importations pour assurer ses besoins en énergie. En 2025, la facture énergétique a atteint 107 milliards de dirhams, confirmant la tendance à une dépendance structurelle qui remonte à la fermeture de la raffinerie nationale en 2015. Depuis cette date, le Royaume se fournit exclusivement auprès de fournisseurs étrangers pour ses carburants, renforçant ainsi sa sensibilité aux fluctuations internationales.

La récente hausse de 2 dirhams par litre de gasoil, consécutive aux tensions géopolitiques au Moyen-Orient, illustre concrètement cette vulnérabilité. Dans un contexte préélectoral, cette augmentation a un double impact : elle pèse sur le pouvoir d’achat des ménages tout en alimentant le débat public sur la sécurité énergétique.


Des stocks stratégiques insuffisants

Si la réglementation impose théoriquement un niveau de réserves stratégiques équivalent à 60 jours de consommation, le pays fonctionne actuellement avec des stocks limités à environ 20 jours. Cette situation expose le Maroc à des perturbations potentielles, comme cela a été observé en février dernier lors d’intempéries perturbant l’activité portuaire.

Selon plusieurs experts, renforcer les capacités de stockage nécessiterait un investissement estimé à 20 milliards de dirhams, un montant qui, à l’échelle des variations annuelles de la facture énergétique, pourrait être considéré comme un levier stratégique pour sécuriser l’approvisionnement national. À titre de comparaison, des pays comme le Japon ou la Chine maintiennent des réserves dépassant largement 90 jours de consommation, soulignant l’écart avec la situation marocaine.


Un marché libéralisé aux équilibres délicats

Depuis la libéralisation du secteur en 2015, le nombre d’opérateurs privés est passé de 19 à 35, renforçant la concurrence mais complexifiant la régulation. Les distributeurs détiennent des stocks constitués avant les variations des cours du pétrole, ce qui peut en théorie amortir les fluctuations. Cependant, les questions liées aux marges et aux mécanismes de répercussion des hausses sur les prix à la pompe restent ouvertes.

La fiscalité sur les carburants ajoute une couche de sensibilité : une taxe intérieure de consommation fixe et une TVA proportionnelle au prix signifient que toute augmentation du pétrole se traduit également par des recettes fiscales accrues, accentuant le contraste entre finances publiques et coût réel pour les consommateurs.


Perspectives et enjeux

Dans un contexte international instable et à six mois des élections législatives, la sécurité énergétique se positionne comme un enjeu majeur pour le Maroc. L’amélioration des infrastructures de stockage et la diversification des sources d’énergie apparaissent comme des leviers essentiels pour réduire la vulnérabilité du pays face aux chocs externes.

Les décideurs et les citoyens sont désormais confrontés à une question centrale : comment concilier compétitivité, stabilité des prix et sécurité énergétique dans un marché mondialisé en pleine mutation ?

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