L’armée israélienne a reconnu pour la première fois que ses soldats avaient tiré sur le véhicule dans lequel se trouvait Hind Rajab, une fillette palestinienne de cinq ans tuée avec plusieurs membres de sa famille à Gaza en 2024. Les autorités militaires israéliennes ont également annoncé l’ouverture d’une enquête pénale sur les circonstances de sa mort et celle de six de ses proches.
Hind Rajab avait initialement survécu à l’attaque contre la voiture familiale. Piégée à l’intérieur du véhicule, elle avait alors répondu à un appel des opérateurs du Croissant-Rouge palestinien et leur avait demandé de venir la secourir.
La conversation avait duré plusieurs heures, tandis que les équipes de secours tentaient d’obtenir l’autorisation de rejoindre la zone.
Une conversation devenue un symbole
Au cours de l’appel, Hind avait expliqué aux secouristes qu’elle voyait des chars à proximité du véhicule. Les opérateurs lui avaient demandé de rester cachée sous les sièges afin de ne pas être repérée.
Une opératrice du Croissant-Rouge, Rana Faqih, était restée en ligne avec l’enfant pendant plusieurs heures. Elle a raconté par la suite que la fillette demandait à plusieurs reprises qu’on vienne la chercher.
Après plusieurs heures de négociations avec l’armée israélienne, une ambulance du Croissant-Rouge palestinien a finalement été autorisée à se rapprocher de la zone.
Les deux ambulanciers, Yusuf al-Zeino et Ahmed al-Madhoun, ont ensuite perdu le contact avec leurs collègues. Hind Rajab a également cessé de répondre. Les corps de la fillette, de ses proches et des deux secouristes ont été retrouvés plusieurs jours plus tard.
Le Croissant-Rouge palestinien avait accusé les forces israéliennes d’avoir délibérément ciblé l’ambulance malgré la coordination préalable de son déplacement.
L’armée israélienne évoque des « défaillances » dans la coordination
Dans sa nouvelle déclaration, l’armée israélienne affirme que son examen des faits indique que des soldats avaient tiré sur le véhicule.
L’armée estime que la voiture circulait contrairement aux consignes communiquées auparavant aux habitants de la zone. Elle affirme également que des défaillances présumées dans la coordination du déplacement de l’ambulance ont conduit à la décision de lancer une enquête criminelle menée par la police militaire.
Cette reconnaissance intervient après plusieurs versions contradictoires concernant la présence de forces israéliennes dans le secteur.
Dans un premier temps, l’armée avait affirmé qu’aucun de ses soldats ne se trouvait dans la zone au moment des faits. Elle avait ensuite indiqué que ses forces menaient des opérations dans plusieurs quartiers de Gaza, notamment à Tel al-Hawa, où se trouvait Hind.
Une deuxième enquête concerne la mort de 15 Palestiniens
L’armée israélienne a également annoncé l’ouverture d’une enquête pénale sur la mort de 15 Palestiniens, dont des membres des services médicaux et un employé de l’ONU, tués en mars 2025 dans le sud de Gaza.
Les forces israéliennes avaient alors ouvert le feu sur des ambulances, un camion de pompiers et un véhicule clairement identifié de l’ONU dans le secteur de Tal al-Sultan, à Rafah.
L’armée avait initialement affirmé que ses soldats avaient tiré sur des véhicules suspects circulant dans l’obscurité sans phares ni feux d’urgence. Cette version avait ensuite été corrigée après la découverte d’une vidéo enregistrée sur le téléphone d’un ambulancier décédé, montrant que le convoi utilisait bien ses feux d’urgence.
Selon l’armée israélienne, l’examen des éléments disponibles fait désormais apparaître un « soupçon raisonnable » de comportement criminel, justifiant l’ouverture d’une enquête.
Des enquêtes qui suscitent des critiques en Israël
L’armée israélienne affirme que ces procédures s’inscrivent dans son obligation d’examiner les incidents exceptionnels survenus pendant les opérations militaires, conformément au droit israélien et au droit international.
Ces enquêtes interviennent alors que l’armée est confrontée à une pression internationale croissante et à des accusations de violations du droit international humanitaire.
Des organisations israéliennes de défense des droits humains critiquent toutefois l’efficacité de ces procédures. Selon Ziv Stahl, directrice de l’organisation israélienne Yesh Din, les plaintes visant des soldats ou des commandants aboutissent rarement à des mises en accusation et les condamnations restent exceptionnelles.
L’affaire Hind Rajab avait déjà suscité une importante réaction internationale et avait été évoquée par une commission d’enquête de l’ONU dans le cadre d’accusations de crimes de guerre, que les autorités israéliennes contestent.
Son histoire a également inspiré « The Voice of Hind Rajab », un film consacré aux dernières heures de la fillette et à l’appel passé avec les secouristes, qui a notamment été nommé aux Oscars.
L’annonce de cette enquête pénale constitue ainsi un développement majeur dans une affaire devenue emblématique des conséquences du conflit à Gaza et des questions persistantes concernant la responsabilité des forces engagées dans les opérations militaires.
![]()




