Des soldats ukrainiens capturés racontent à la BBC pourquoi ils ont combattu pour la Russie

MOHAMED YAZID BENNOUNA20 août 2026Dernière mise à jour :
Des soldats ukrainiens capturés racontent à la BBC pourquoi ils ont combattu pour la Russie

Dans l’ouest de l’Ukraine, un camp de prisonniers abrite des hommes capturés alors qu’ils combattaient dans les rangs de l’armée russe. Parmi eux figurent plusieurs soldats nés en Ukraine, notamment dans les territoires du Donbass occupés par la Russie depuis 2014. Certains affirment pourtant se considérer comme russes et ne regrettent pas leur décision de prendre les armes contre l’Ukraine.

L’un d’eux, Anton, avait 10 ans lorsque sa région du Donbass est passée sous le contrôle de forces soutenues par Moscou. En 2022, alors âgé de 18 ans, il s’est engagé dans l’armée russe. «Je ne regrette pas mon choix. Je suis allé défendre ma terre»

Anton affirme également considérer Vladimir Poutine comme son président et estime que la Russie devrait poursuivre ses opérations dans le Donbass. Son parcours illustre la complexité des identités dans les territoires occupés depuis plus d’une décennie, où une génération entière a grandi dans un environnement marqué par l’école, les médias et les institutions russes.

Des identités profondément bouleversées

Petro Yatsenko, responsable au sein de la structure ukrainienne chargée de la coordination des prisonniers de guerre, décrit ces combattants comme des personnes dont «l’identité nationale est très floue». Nés en Ukraine mais ayant vécu pendant des années sous contrôle russe, certains se considèrent désormais comme russes.

Anton rejette ainsi l’idée d’être un traître à l’Ukraine. «Je me considère comme russe», explique-t-il, affirmant que ses origines familiales sont russes.

D’autres prisonniers originaires du Donbass expliquent avoir rejoint l’armée russe en raison de leur ressentiment envers les autorités ukrainiennes. Artyom, originaire de Donetsk, affirme notamment garder en mémoire les combats qui avaient touché sa région dès 2014.

Mais son expérience au sein de l’armée russe s’est révélée beaucoup moins conforme à ses attentes. Blessé par des éclats d’obus après seulement deux mois au front, il affirme ne pas avoir reçu la prime d’engagement qui lui avait été promise.

Entre idéologie, argent et contrainte

Les motivations des soldats ukrainiens capturés ne sont toutefois pas toutes idéologiques. Certains ont rejoint l’armée russe pour des raisons financières ou pour échapper à des poursuites judiciaires.

Un prisonnier âgé de 44 ans explique ainsi s’être engagé principalement pour éviter une peine de 15 ans de prison. D’autres anciens détenus racontent cependant que les contrats qu’ils pensaient devoir accomplir pendant une période limitée ont finalement été automatiquement prolongés.

Le reportage évoque également le cas d’un homme originaire de la région de Donetsk qui affirme avoir été forcé de combattre pour la Russie. Selon certaines estimations citées par la BBC, plusieurs dizaines de milliers d’Ukrainiens vivant dans les territoires occupés auraient été mobilisés contre leur gré.

Cette réalité contraste avec celle des combattants qui déclarent avoir rejoint volontairement les forces russes.

Des Ukrainiens jugés pour trahison

Lorsque l’Ukraine capture ses propres citoyens sur le champ de bataille alors qu’ils combattent pour la Russie, ceux-ci peuvent être poursuivis pour trahison. Ils sont néanmoins détenus dans les mêmes camps que les prisonniers de guerre russes.

Pour Kyiv, ces hommes restent officiellement des citoyens ukrainiens vivant sous occupation temporaire. Mais leur situation est devenue particulièrement complexe après des années d’administration et de propagande russes dans les territoires concernés.

Les prisonniers interrogés disent également constater les lourdes pertes de l’armée russe. Anton affirme que plusieurs de ses amis partis combattre sont morts et estime que les volontaires sont désormais moins nombreux malgré les importantes primes financières proposées aux nouvelles recrues.

Une guerre dont personne ne voit la fin

Dans le camp, certains prisonniers travaillent notamment à la fabrication de cercueils et de décorations de Noël afin de gagner de l’argent pour améliorer leur quotidien.

Lorsqu’ils sont interrogés sur le fait d’avoir combattu contre d’autres Ukrainiens, plusieurs se montrent mal à l’aise. Sergei, né à Louhansk mais se considérant comme russe, refuse notamment de répondre à la question.

Un autre prisonnier reconnaît que la guerre est particulièrement douloureuse compte tenu des liens familiaux qui existent entre Russes et Ukrainiens, tout en affirmant continuer à penser que son choix de rejoindre l’armée russe était juste.

Pour beaucoup d’entre eux, la fin du conflit semble encore lointaine. Certains pensent même que Vladimir Poutine poursuivra la guerre jusqu’à obtenir le contrôle de l’ensemble du Donbass.

Le cas de ces prisonniers révèle ainsi l’une des conséquences les plus complexes de la guerre: après plus de dix ans d’occupation dans certaines régions, une partie de la population née en Ukraine s’est progressivement identifiée à la Russie, tandis que d’autres habitants ont combattu sous la contrainte.

Derrière les lignes de front, le conflit ne se limite donc pas à une confrontation entre deux armées. Il a également profondément bouleversé les appartenances, les identités et les trajectoires personnelles de populations qui vivaient auparavant dans le même pays.

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