Le décrochage scolaire reste un défi majeur au Maroc. Au cours de l’année scolaire 2024-2025, 276.179 élèves ont quitté le système éducatif, un chiffre qui souligne l’ampleur du phénomène et la nécessité de renforcer les dispositifs de prévention et d’accompagnement.
Face à cette situation, l’UNICEF recommande la mise en place d’une stratégie nationale permettant d’identifier les élèves exposés au risque d’abandon dès les premières années de leur scolarité.
Le collège particulièrement touché
Le collège constitue le niveau d’enseignement le plus concerné par le décrochage. Il représente 52 % des abandons, contre 26 % dans le primaire et 21 % dans le secondaire.
Les garçons sont également davantage touchés, puisqu’ils représentent 61 % des élèves ayant quitté l’école.
Le phénomène commence toutefois dès le primaire : près de 58.000 élèves abandonnent chaque année leur scolarité à ce niveau. Le taux de redoublement a par ailleurs atteint 12 % en 2024-2025, illustrant les difficultés rencontrées par une partie des élèves dès les premières années de leur parcours.
Les enfants en situation de handicap particulièrement vulnérables
La situation est encore plus préoccupante pour les enfants en situation de handicap. Selon les données reprises par l’UNICEF, 68 % des enfants âgés de 4 à 15 ans concernés sont exclus du système scolaire.
L’accès au secondaire reste particulièrement limité : seuls 8,5 % de ces enfants y sont scolarisés.
L’organisation appelle donc à renforcer les dispositifs d’inclusion et l’accompagnement individualisé afin de permettre à davantage d’enfants vulnérables de poursuivre leur scolarité.
Des infrastructures qui restent insuffisantes
Les conditions matérielles constituent également un facteur important. Dans les zones rurales, seulement 8 % des établissements scolaires disposent d’un raccordement à un réseau d’assainissement.
L’absence de sanitaires fonctionnels ou d’installations adaptées aux besoins des filles et des garçons peut dégrader les conditions de scolarisation et contribuer à l’absentéisme.
Les adolescentes sont notamment confrontées aux difficultés liées à l’hygiène menstruelle. L’UNICEF et l’UNESCO considèrent ainsi l’amélioration de l’accès à l’eau, à l’hygiène et à l’assainissement comme un élément important de la lutte contre le décrochage.
Massar et l’intelligence artificielle pour détecter les élèves à risque
Pour prévenir les abandons avant qu’ils ne deviennent définitifs, l’UNICEF recommande la création d’un système national d’alerte précoce.
La plateforme Massar pourrait être davantage exploitée afin d’identifier les élèves présentant des signes de décrochage. L’organisation propose également de recourir à l’intelligence artificielle pour améliorer la détection des situations à risque.
L’objectif serait ensuite de mettre en place, au sein des établissements, des interventions rapides et individualisées pour accompagner les élèves confrontés à des difficultés scolaires, à l’absentéisme ou à d’autres facteurs susceptibles de provoquer leur abandon.
Diversifier les parcours au collège
L’UNICEF recommande également de rendre les parcours scolaires davantage adaptés aux profils et aux aspirations des élèves.
Parmi les pistes avancées figurent le développement de filières techniques et professionnelles au collège, l’apprentissage de compétences de vie et une pédagogie davantage axée sur la pratique.
L’organisation préconise parallèlement de renforcer les pédagogies différenciées, l’évaluation formative et la formation des enseignants ainsi que des chefs d’établissement à la prévention du décrochage.
Donner une véritable deuxième chance aux jeunes déscolarisés
Pour les jeunes ayant déjà quitté l’école, l’UNICEF souhaite également une réforme des établissements de la « deuxième chance ».
L’organisation propose notamment de clarifier leur gouvernance, de renforcer le rôle du ministère de l’Éducation nationale, de mettre en place des certifications reconnues et de créer des passerelles vers l’enseignement formel ou la formation professionnelle.
L’objectif est de faire de ces structures un véritable dispositif de réinsertion et de qualification plutôt qu’un parcours parallèle au système éducatif.
Une réforme à mettre en œuvre progressivement
L’UNICEF envisage une mise en œuvre progressive de ces mesures. Dans un premier temps, il s’agirait notamment de créer le système national d’alerte précoce, de former les acteurs éducatifs et de renforcer le suivi des élèves à risque.
Une deuxième phase pourrait permettre de généraliser les mécanismes de prévention, de diversifier les parcours au collège et de restructurer les établissements de deuxième chance.
À plus long terme, la prévention du décrochage, l’inclusion et la réinsertion devraient être intégrées durablement au pilotage du système éducatif.
L’UNICEF cite enfin une expérience menée dans la province de Larache, où certains établissements concernés par un programme pilote avaient enregistré un taux de décrochage nul durant l’année scolaire 2024-2025. Pour l’organisation, cette expérience montre que des dispositifs de prévention ciblés peuvent produire des résultats encourageants et pourraient être étendus à d’autres régions du Royaume.
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