De nouvelles images et documents liés à l’enquête sur les attentats du 11 septembre 2001 apportent des éléments supplémentaires sur les relations d’Omar al-Bayoumi, longtemps présenté comme un simple étudiant saoudien installé aux États-Unis.
Ces éléments, aujourd’hui examinés dans le cadre d’une action en justice engagée par des familles de victimes contre l’Arabie saoudite, mettent notamment en lumière ses liens avec des responsables saoudiens ainsi qu’avec Anwar al-Awlaki, qui deviendra par la suite une figure importante d’Al-Qaïda dans la péninsule Arabique.
Des images avec Anwar al-Awlaki
Une vidéo tournée à San Diego à la fin des années 1990 montre Bayoumi participant à des séances de paintball auxquelles prenait également part Anwar al-Awlaki.
Les participants apparaissent en tenue militaire et reproduisent des scènes de combat et d’entraînement au tir. À certains moments, des participants crient « Allahu Akbar ».
Des responsables religieux saoudiens étaient également présents lors de certaines de ces activités. D’autres images montrent Bayoumi en compagnie de responsables et de prédicateurs liés au ministère saoudien des Affaires islamiques.
Une autre vidéo montre notamment Bayoumi et Awlaki s’enlaçant en janvier 1998.
Ces images sont particulièrement importantes car Bayoumi avait affirmé, lors de précédentes dépositions, ne pas avoir rencontré Awlaki.
Un document consacré à la trajectoire d’un avion
Les enquêteurs britanniques avaient également découvert chez Bayoumi un document manuscrit représentant un avion accompagné de calculs mathématiques.
La feuille avait été saisie dans l’une de ses propriétés à Birmingham, au Royaume-Uni, quelques jours après les attentats. Elle contenait notamment des indications concernant la hauteur d’un avion et la distance permettant de déterminer sa trajectoire vers un point au sol.
Le document avait été transmis aux autorités américaines, mais plusieurs enquêteurs chargés du dossier affirment que cette pièce n’avait pas été communiquée à l’ensemble des équipes travaillant sur Bayoumi.
Des responsables judiciaires américains ont depuis estimé que ce document aurait pu constituer un élément important dans une éventuelle procédure contre lui.
Bayoumi avait expliqué en 2021 qu’il ne se souvenait pas de la date à laquelle il avait écrit ces calculs et qu’il avait l’habitude de rechercher des équations.
Des éléments qui auraient circulé entre plusieurs services
Après l’arrestation de Bayoumi au Royaume-Uni, les enquêteurs britanniques avaient récupéré des milliers de documents, des photographies, des billets de voyage, des supports informatiques ainsi qu’au moins 80 cassettes vidéo.
Certains éléments avaient été considérés comme hautement prioritaires par les enquêteurs américains.
Pourtant, des agents du FBI à San Diego, où Bayoumi avait vécu, affirment avoir rencontré des difficultés pour obtenir l’ensemble des pièces saisies.
L’ancien responsable de l’enquête du FBI à San Diego a notamment expliqué que son équipe avait demandé à plusieurs reprises l’accès aux éléments détenus par d’autres services.
Cette situation aurait compliqué la mise en commun des informations concernant les relations de Bayoumi, ses activités et ses éventuels liens avec les deux pirates de l’air Nawaf al-Hazmi et Khalid al-Mihdhar.
Des contacts avec des responsables saoudiens
L’enquête fait également apparaître de nombreux contacts entre Bayoumi et des responsables saoudiens présents aux États-Unis.
Des agents du FBI avaient souhaité interroger plusieurs de ces responsables afin de déterminer s’ils avaient joué un rôle dans l’aide apportée à Hazmi et Mihdhar.
Ces demandes n’auraient toutefois pas abouti. Des enquêteurs américains ont affirmé avoir été empêchés d’interroger certains responsables bénéficiant d’un statut diplomatique ou officiel.
Cette question est devenue l’un des éléments centraux des interrogations persistantes sur le rôle éventuel de responsables saoudiens autour de Bayoumi.
Une enquête qui n’a jamais abouti à des poursuites
Bayoumi avait été arrêté à Birmingham le 21 septembre 2001, quelques jours après les attentats. Il avait ensuite été interrogé par les autorités britanniques.
Malgré les nombreux éléments recueillis dans ses propriétés, il a finalement été libéré le 28 septembre sans être poursuivi.
Des responsables américains impliqués dans les investigations ont depuis reconnu que son nom avait été considéré comme une piste sérieuse dans les premiers mois suivant les attentats.
L’un d’eux estime notamment que certains éléments auraient pu justifier l’examen d’éventuelles poursuites.
Les conclusions de la Commission sur le 11-Septembre
En 2003, Bayoumi avait été interrogé en Arabie saoudite par des représentants de la Commission sur le 11-Septembre.
Le rapport final publié en 2004 concluait qu’il n’existait pas suffisamment d’éléments démontrant qu’il avait des liens avec des extrémistes islamistes.
Des membres de l’équipe chargée de l’enquête avaient cependant exprimé des réserves sur cette conclusion. Certains estimaient notamment qu’il était possible que Bayoumi ait su que Hazmi et Mihdhar étaient liés à Al-Qaïda.
La Commission n’avait par ailleurs pas examiné plusieurs des éléments qui sont aujourd’hui au cœur du dossier judiciaire, notamment la vidéo de paintball et le document contenant les calculs liés à la trajectoire d’un avion.
L’Arabie saoudite et Bayoumi contestent les accusations
Omar al-Bayoumi a toujours nié avoir participé aux attentats ou avoir su que Hazmi et Mihdhar étaient des membres d’Al-Qaïda. Il a également rejeté les accusations selon lesquelles il aurait travaillé comme agent des services saoudiens.
L’Arabie saoudite rejette elle aussi catégoriquement toute implication de ses autorités dans les attentats du 11-Septembre.
Les nouveaux éléments ne constituent donc pas, à eux seuls, une preuve définitive d’une implication dans les attaques. Ils relancent toutefois les interrogations sur la manière dont les informations recueillies dans les jours et les années suivant le 11-Septembre ont été exploitées, partagées entre les différents services et intégrées aux conclusions officielles.
![]()




