Ukraine : le procureur général démissionne sur fond de scandale lié à des centres d’appels frauduleux

MOHAMED YAZID BENNOUNAIl y a 55 minutesDernière mise à jour :
Ukraine : le procureur général démissionne sur fond de scandale lié à des centres d’appels frauduleux

Le procureur général ukrainien Ruslan Kravchenko a annoncé sa démission après l’ouverture d’une enquête anticorruption portant sur un réseau de centres d’appels soupçonnés d’activités frauduleuses et de blanchiment d’argent.

Cette décision intervient quelques jours après une perquisition menée dans les bureaux du parquet général par les enquêteurs ukrainiens spécialisés dans la lutte contre la corruption.

Un réseau soupçonné de protéger des centres d’appels

Les autorités anticorruption ukrainiennes affirment avoir découvert un système de blanchiment impliquant un responsable travaillant au sein du bureau de Kravchenko.

D’après les enquêteurs, le réseau aurait reçu de l’argent en échange d’une protection accordée à des centres d’appels impliqués dans des escroqueries téléphoniques. Les sommes obtenues auraient ensuite servi à acquérir notamment des biens immobiliers, des bijoux et d’autres objets de valeur.

Kravchenko avait initialement rejeté les accusations, les qualifiant de totalement infondées et affirmant n’avoir commis aucune faute.

Une démission pour éviter une confrontation politique

Dans sa lettre de démission, le procureur général a expliqué qu’il ne souhaitait pas que sa fonction soit utilisée comme un instrument de confrontation politique.

Il a également rappelé avoir précédemment contesté publiquement les accusations portées contre son administration.

Kravchenko a remercié le président Volodymyr Zelensky ainsi que le Parlement ukrainien pour la confiance qui lui avait été accordée. Le chef de l’État n’avait pas encore commenté publiquement cette démission.

La corruption reste un problème majeur

Cette affaire intervient dans un contexte particulièrement sensible pour l’Ukraine, où les questions de corruption restent au cœur des débats politiques malgré les réformes engagées depuis plusieurs années.

Le pays dispose notamment du Bureau national anticorruption d’Ukraine (NABU) et du Parquet spécialisé anticorruption (SAPO), créés pour renforcer les enquêtes et les poursuites contre les responsables impliqués dans des affaires de corruption.

En 2025, des manifestations importantes avaient éclaté après une tentative de réduire l’indépendance de ces deux institutions. La mobilisation, accompagnée de fortes réactions des partenaires européens et du G7, avait finalement conduit au rétablissement de leurs prérogatives.

La lutte contre la corruption constitue également une condition importante du processus d’adhésion de l’Ukraine à l’Union européenne.

D’autres affaires impliquant l’entourage du pouvoir

Le nouveau scandale intervient alors que plusieurs affaires récentes ont déjà mis en cause des responsables proches du pouvoir ukrainien.

Le mois dernier, les autorités anticorruption avaient annoncé avoir découvert un système présumé de détournement de plus de 3 millions de dollars destiné à financer la caution d’un ancien ministre de l’Énergie accusé de blanchiment d’argent.

Un haut responsable du bureau présidentiel soupçonné d’être impliqué dans cette affaire avait été limogé.

Ces révélations alimentent les interrogations sur l’efficacité des mécanismes de contrôle et sur la capacité du gouvernement à lutter contre les pratiques illégales au sein de ses propres institutions.

Les questions persistent autour de Zelensky

L’ancien ministre ukrainien de la Défense Mykhailo Fedorov, qui avait été présenté comme l’un des responsables de la lutte contre la corruption, avait récemment appelé à s’interroger sur le niveau de connaissance du président concernant les éventuelles dérives au sein de son entourage.

Il avait toutefois précisé ne disposer d’aucune preuve permettant d’affirmer que Zelensky était personnellement impliqué dans des faits de corruption.

Selon Fedorov, durant toute la période où il a travaillé avec le président, celui-ci ne lui aurait jamais demandé d’accomplir une tâche contraire à la loi ou à ses principes d’intégrité.

La démission de Ruslan Kravchenko ajoute ainsi une nouvelle affaire à la longue liste des dossiers anticorruption auxquels Kyiv doit répondre, alors que le pays poursuit simultanément sa guerre contre la Russie et ses efforts pour se rapprocher de l’Union européenne.

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