Denise Cosco, qui avait témoigné contre son propre père après l’assassinat de sa mère dans une affaire emblématique de la mafia italienne, est décédée à l’âge de 35 ans à Rome. Les autorités enquêtent sur les circonstances de sa mort, considérée à ce stade comme un possible suicide.
Retrouvée grièvement blessée dimanche, la jeune femme a succombé à ses blessures à l’hôpital. Son décès intervient des années après celui de sa mère, Lea Garofalo, devenue l’un des symboles de la lutte contre la ’Ndrangheta, la puissante organisation criminelle calabraise.
Une vie marquée par le drame familial
Lea Garofalo avait décidé de rompre avec le milieu mafieux et de collaborer avec la justice italienne. En 2009, elle a été attirée dans un guet-apens par son ancien compagnon et père de Denise, Carlo Cosco.
Elle avait alors été assassinée, puis son corps avait été démembré et brûlé afin de faire disparaître les traces du crime.
Des années plus tard, les déclarations de l’un des responsables du meurtre ont permis aux enquêteurs de retrouver des fragments d’ossements ainsi qu’un collier appartenant à la victime. Denise avait reconnu le bijou.
Un témoignage contre son propre père
Lors du procès, Denise Cosco avait pris la décision particulièrement difficile de témoigner contre son père, malgré les liens familiaux qui les unissaient.
Protégée par l’État et placée sous une nouvelle identité, elle avait expliqué vouloir obtenir une forme de « liberté intérieure » et pouvoir reconstruire sa vie.
Son témoignage avait contribué à établir les responsabilités dans l’assassinat de sa mère. Carlo Cosco et trois autres personnes ont été condamnés à la réclusion à perpétuité.
Lors des obsèques publiques de sa mère, en 2013, Denise avait également rendu hommage à son courage et à sa décision de prendre des risques pour obtenir justice.
Une rupture avec la mafia difficile à surmonter
Après plusieurs années sous protection, Denise avait néanmoins renoué avec son père, alors incarcéré.
Selon ses proches, cette décision était liée notamment à un profond sentiment de vide familial. Son parcours aurait également été marqué par des problèmes psychologiques et des addictions.
Pour les associations italiennes de lutte contre la mafia, cette situation illustre les difficultés auxquelles sont confrontées les personnes qui décident de rompre avec des organisations criminelles structurées autour de liens familiaux.
Les spécialistes soulignent que la protection de ces personnes ne peut se limiter aux aspects matériels ou sécuritaires, mais doit également inclure un accompagnement psychologique et social sur le long terme.
Une enquête ouverte sur les circonstances du décès
À la suite de la mort de Denise Cosco, les procureurs ont ouvert une enquête afin de déterminer les circonstances exactes du décès et d’établir notamment s’il existe des éléments pouvant indiquer une incitation au suicide.
Son téléphone a été saisi afin d’être analysé dans le cadre des investigations.
Son décès a suscité une vive émotion parmi les associations antimafia et les personnes engagées dans la défense des victimes du crime organisé.
Un symbole de la lutte contre la ’Ndrangheta
La disparition de Denise survient exactement au même âge que celui auquel sa mère avait été tuée.
Pour les organisations antimafia, son parcours rappelle que les conséquences du crime organisé ne s’arrêtent pas avec la condamnation des criminels. Les traumatismes peuvent continuer à affecter durablement les familles qui ont décidé de rompre avec ces réseaux.
Des proches et des militants devaient se réunir à Milan pour lui rendre hommage près du lieu où sa mère avait été enlevée.
L’histoire de Denise et de Lea Garofalo demeure ainsi l’un des épisodes les plus marquants de la lutte contre la mafia en Italie, entre courage, rupture familiale et souffrances qui se prolongent bien après les procès.
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