Guterres appelle à mettre fin au modèle d’exportation des matières premières africaines

MOHAMED YAZID BENNOUNA25 septembre 2026Dernière mise à jour :
Guterres appelle à mettre fin au modèle d’exportation des matières premières africaines

L’Afrique ne doit plus être réduite au rôle de fournisseur de matières premières pour les économies mondiales. C’est le message porté par le secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, lors de l’édition 2026 de l’initiative « Unstoppable Africa », organisée à New York en marge de l’Assemblée générale de l’ONU.

Devant des chefs d’État, des investisseurs et des dirigeants d’entreprises, le chef de l’ONU a appelé à revoir les relations économiques avec le continent afin que ses ressources naturelles, son potentiel énergétique et son capital humain contribuent davantage à la création de richesse en Afrique.

De l’exploitation des ressources à la création de valeur

António Guterres a défendu un changement de modèle économique, résumé par cette formule : « Nous passons de faire des affaires en Afrique à faire des affaires avec l’Afrique ».

L’enjeu n’est plus, selon lui, de démontrer le potentiel du continent, mais de déterminer qui bénéficie de sa croissance et dans quelles conditions.

L’Afrique possède d’importantes ressources stratégiques. Elle concentre notamment environ 30 % des ressources minérales mondiales et 60 % du potentiel solaire mondial, tout en disposant de l’une des populations actives dont la croissance est la plus rapide au monde. Son marché est évalué à environ 3.000 milliards de dollars.

Pourtant, une partie importante des matières premières extraites du continent continue d’être exportée sans transformation locale, limitant ainsi les retombées en matière d’emplois, d’industries et de revenus.

Guterres appelle notamment à développer la transformation locale des minerais critiques, devenus indispensables aux nouvelles technologies et à la transition énergétique.

Miser sur l’industrialisation africaine

Pour le secrétaire général de l’ONU, l’Afrique doit pouvoir conserver une part plus importante de la valeur générée par ses ressources.

Cette stratégie passe par le développement de capacités industrielles, la transformation sur place des matières premières et la création de chaînes de valeur capables de générer des emplois qualifiés.

Cette ambition s’inscrit également dans le contexte d’un environnement international marqué par les tensions géopolitiques, les perturbations des chaînes d’approvisionnement et la hausse des coûts de l’énergie et du financement.

Ces bouleversements peuvent, selon cette approche, encourager les économies africaines à renforcer leur autonomie productive et à mieux valoriser leurs ressources.

Le Maroc parmi les initiatives citées

Plusieurs expériences africaines illustrent déjà cette volonté de développer davantage de valeur sur le continent.

Le Maroc figure notamment parmi les exemples évoqués, avec ses investissements dans les énergies renouvelables et son projet de câble sous-marin destiné à acheminer de l’électricité verte vers l’Europe.

D’autres initiatives sont également mises en avant à travers le continent. Le Kenya produit une large majorité de son électricité à partir de sources renouvelables, tandis que la Tunisie développe des activités dans les logiciels d’intelligence artificielle et la vision par ordinateur.

Le Rwanda mise notamment sur les technologies de livraison par drones, tandis que le Nigeria, l’Afrique du Sud et le Sénégal ont développé des industries culturelles exportatrices dans les domaines de la musique et du cinéma.

Le potentiel du marché africain

La transformation économique du continent repose également sur l’élargissement des échanges intra-africains.

La Zone de libre-échange continentale africaine (ZLECAf) doit contribuer à rapprocher les marchés nationaux et à faciliter le développement de chaînes de production régionales.

L’économie numérique et les services financiers constituent également des secteurs importants pour attirer les investissements et favoriser l’émergence de nouvelles entreprises africaines.

Le continent a enregistré une croissance économique estimée à 4,4 % en 2025, selon la Banque africaine de développement, qui prévoit une progression de 4,2 % en 2026.

Mais cette dynamique reste confrontée à une difficulté majeure : mobiliser les financements nécessaires pour soutenir l’industrialisation et les infrastructures à des conditions accessibles.

Guterres plaide pour une réforme du financement international

Pour António Guterres, la question ne se limite donc pas à la capacité des économies africaines à attirer les capitaux.

Elle concerne également les règles du système financier international, que le secrétaire général de l’ONU juge insuffisamment adaptées aux besoins des pays en développement.

Il appelle notamment à renforcer les capacités des banques multilatérales de développement afin qu’elles puissent réduire les risques liés aux investissements et mobiliser davantage de capitaux privés en faveur des projets africains.

Le financement de l’adaptation au changement climatique constitue également un enjeu majeur, alors que l’Afrique dispose d’un important potentiel solaire mais reçoit encore une part limitée des investissements mondiaux consacrés aux énergies propres.

Les femmes et les jeunes au cœur de la transformation

Le secrétaire général des Nations Unies a également insisté sur l’importance du capital humain africain, notamment des jeunes et des femmes.

La croissance rapide de la population active représente un potentiel important pour les économies du continent, à condition que les investissements dans l’éducation, les compétences, l’entrepreneuriat et l’emploi suivent cette évolution.

Les femmes occupent également une place centrale dans l’activité économique africaine, mais continuent de rencontrer des difficultés d’accès au financement et aux investissements.

Une réforme de la gouvernance mondiale

Le message de Guterres dépasse ainsi la seule question économique.

Le secrétaire général de l’ONU établit un lien entre le poids croissant de l’Afrique dans l’économie mondiale et sa représentation dans les institutions internationales.

Il renouvelle notamment son appel à une réforme du Conseil de sécurité des Nations Unies, avec une représentation permanente de l’Afrique, estimant que le continent doit participer davantage à la définition des règles internationales qui encadrent les relations économiques et politiques mondiales.

À travers « Unstoppable Africa », le débat se déplace ainsi progressivement de la simple reconnaissance du potentiel africain vers une question plus concrète : comment permettre au continent de produire, transformer, financer et conserver une part plus importante de la valeur issue de ses propres ressources.

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