Après plus de trois décennies sans cas signalé, la diphtérie a refait son apparition au Maroc en 2026, suscitant une vigilance accrue des autorités sanitaires. Cette maladie infectieuse, devenue rare grâce à la vaccination, rappelle l’importance de maintenir une couverture vaccinale élevée afin de prévenir de nouveaux foyers de contamination.
Le 28 septembre dernier, le ministère de la Santé a annoncé la détection de deux foyers familiaux dans la région de Souss-Massa, précisément dans les provinces d’Agadir Ida-Outanane et de Chtouka-Aït Baha. Les cas concernaient principalement des enfants non vaccinés ou n’ayant pas reçu l’ensemble des doses recommandées.
Quelques cas isolés supplémentaires ont également été recensés, dont un importé de l’étranger. Malgré leur nombre limité, ces infections ont conduit à la mise en place de mesures sanitaires destinées à contenir la propagation de la maladie.
Une infection potentiellement grave
La diphtérie est une infection bactérienne contagieuse qui touche principalement les voies respiratoires supérieures, notamment le nez et la gorge. Elle peut également provoquer des lésions cutanées.
Sa dangerosité réside dans la production d’une toxine capable d’endommager plusieurs organes vitaux, particulièrement le cœur, les nerfs et les reins.
En l’absence d’une prise en charge médicale adaptée, la maladie peut entraîner des complications graves, avec un taux de létalité estimé entre 5 et 10 %.
La professeure Majdouline Obtel, spécialiste en épidémiologie clinique à la Faculté de médecine et de pharmacie de Rabat, souligne que la réapparition de cette infection doit encourager les familles à vérifier leur statut vaccinal et à reconnaître rapidement les premiers symptômes.
Quels sont les symptômes à surveiller ?
La diphtérie se transmet principalement par les gouttelettes respiratoires émises lorsqu’une personne infectée tousse, éternue ou parle. Une contamination est également possible par contact direct avec des lésions cutanées infectées.
Les premiers signes apparaissent généralement deux à cinq jours après l’exposition.
Ils peuvent comprendre des douleurs à la gorge, de la fièvre, une angine et des difficultés à avaler.
L’un des symptômes les plus caractéristiques est l’apparition de membranes épaisses, blanchâtres puis grisâtres, au fond de la gorge. Ces membranes adhèrent fortement aux tissus et peuvent provoquer des saignements lorsqu’on tente de les retirer.
D’autres manifestations doivent également alerter, notamment un gonflement important du cou, une voix rauque, des difficultés respiratoires, un écoulement nasal parfois sanguinolent ou des lésions cutanées persistantes.
En présence de difficultés respiratoires ou de signes évocateurs de diphtérie, une consultation médicale urgente est indispensable.
La vaccination reste la meilleure protection
Pour la professeure Majdouline Obtel, la vaccination demeure le moyen le plus efficace de prévenir la diphtérie et ses formes graves.
Au Maroc, le Programme national d’immunisation prévoit trois premières doses à l’âge de deux, trois et quatre mois, suivies de rappels à 18 mois et à cinq ans.
La protection doit ensuite être entretenue grâce aux rappels recommandés, y compris à l’âge adulte.
La spécialiste insiste également sur la nécessité de rattraper les vaccinations manquantes chez les enfants, les adolescents et les adultes dont le calendrier vaccinal est incomplet.
En cas de retard, il n’est généralement pas nécessaire de recommencer toutes les doses depuis le début. Un programme de rattrapage peut être établi en fonction de l’âge et des antécédents vaccinaux.
Les parents sont ainsi invités à vérifier les carnets de vaccination de leurs enfants et à consulter leur centre de santé en cas de doute.
Les vaccins prévus dans le Programme national d’immunisation sont disponibles gratuitement dans les structures publiques de santé.
Des mesures sanitaires pour éviter la propagation
Dès qu’un cas suspect est identifié, les autorités sanitaires doivent engager rapidement les mesures de prévention et de prise en charge.
Celles-ci comprennent notamment l’isolement du patient, la réalisation d’examens pour confirmer le diagnostic et l’administration d’un traitement adapté, pouvant associer des antibiotiques et une antitoxine.
Les équipes médicales procèdent également à l’identification des personnes ayant été en contact avec le malade, notamment les membres de sa famille, ses camarades de classe et les professionnels de santé concernés.
Selon leur niveau d’exposition et leur statut vaccinal, ces personnes peuvent bénéficier d’un traitement antibiotique préventif, d’une vaccination ou d’un rattrapage vaccinal.
La coopération entre les services de santé, les établissements scolaires, les autorités locales et les familles constitue un élément essentiel pour limiter les risques de transmission.
Hygiène et vigilance pour prévenir de nouveaux foyers
Outre la vaccination, plusieurs gestes de prévention permettent de réduire les risques de contamination.
La spécialiste recommande notamment le lavage régulier des mains, le respect des règles d’hygiène respiratoire et l’aération des espaces collectifs, particulièrement dans les écoles et les crèches.
En cas de symptômes suspects, il est conseillé de consulter rapidement un professionnel de santé et d’éviter les contacts rapprochés dans l’attente d’un avis médical.
La réapparition de la diphtérie au Maroc, après une absence de cas signalés depuis 1992, rappelle ainsi que les maladies infectieuses contrôlées grâce à la vaccination peuvent refaire surface lorsque certaines personnes ne disposent plus d’une protection suffisante.
Le maintien d’une couverture vaccinale élevée, le rattrapage des doses manquantes et la détection précoce des infections demeurent donc essentiels pour protéger la population et prévenir l’apparition de nouveaux foyers.
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